Analyse littéraire
Le refrain joue un tour savoureux au lecteur : « Moi, j'ai mon golf et mon bateau, ma plage et mon casino » sonne d'abord comme une fanfaronnade de propriétaire, avant que « à la Varenne » ne dégonfle aussitôt l'effet — la Varenne étant une bourgade sans prétention des bords de Marne, à mille lieues de Deauville ou Monaco. C'est ce décalage répété qui fait tenir la chanson : le narrateur emprunte le vocabulaire du luxe pour désigner quelque chose d'humble, et ce retournement suffit à moquer sans discours ceux qui, eux, « se font plumer » à prix d'or dans les stations chic. Les « bourgeois rupins », les « bars à gigolos », le « sirop à vingt balles » forment une galerie de cibles légèrement caricaturées, que le narrateur écarte d'un revers de main — « ça m'frait d'la peine » — avec une désinvolture plus efficace que n'importe quelle diatribe. Le registre familier, troussé de contractions et d'argot populaire (« picolo », « caboulot », « bibi »), n'est pas un simple coloris pittoresque : il est la posture même du narrateur, qui revendique sa place en dehors du monde des « chichis » non par misère mais par choix affiché.
Strophe 1
Les bourgeois rupins
Ceux qu'ont les moyens
S'en vont l'été s'fair' plumer à Deauville.
Quand on n'a pas l'sou
On va n'importe où
Où ça coûte pas des prix fous.
Car à mon avis,
C'est pas pour bibi
Les endroits où l'on fait des chichis.
Strophe 2
Moi, j'ai mon golf et mon bateau,
Ma plage et mon casino
À la Varenne.
Moi, je n'vais pas avec les gros
À Dinard à Saint-Malo
Fair' des fredaines.
Moi, dans un bar à gigolos,
Payer vingt balles un sirop,
Ça m'frait d'la peine
Moi, j'préfèr' un p'tit caboulot
Où qu'on boit du picolo
Au bord de l'eau.
Strophe 3
On n'a pas d'négros
Comme à Monaco
Qui font du jazz à mille francs la séance
Au son d'un phono
Ou d'un vieux piano
C'est quat' sous pour un tango
Et comme on peut pas
Se payer tout ça
Y a des boîtes à deux ronds la java.
Strophe 4
Moi, j'ai mon golf et mon bateau,
Ma plage et mon casino
À la Varenne
Moi, j'y connais des dactylos
Qui sont plus chouett's en maillot
Qu'bien des mondaines.
Moi, dans un bar à gigolos,
Payer vingt balles un sirop,
Ça m'frait d'la peine
Moi, j'préfèr' un p'tit caboulot
Où qu'on boit du picolo
Au bord de l'eau.