À l'ombre des maris
Analyse littéraire
Le refrain « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière… », répété après chaque couplet, installe le narrateur dans une posture ambiguë : il se place derrière la femme adultère, à la fois protecteur, complice et bénéficiaire, et le double sens du « je suis derrière » — soutien moral et position galante — constitue le ressort comique central du texte. Le registre est résolument burlesque, porté par des expressions comme « fleur d'époi », « bonne poire » ou « femm's adultères d'abord », qui maintiennent la chanson du côté du jeu et de la légèreté plutôt que de la satire morale. Les références au Titanic et à Oreste et Pylade ne sont pas là pour faire résonner une culture savante, mais pour amplifier comiquement la grandiloquence du narrateur, qui traite ses aventures de cocu-adjoint avec le sérieux d'un héros épique. La chute — gardant les enfants pendant que la femme qu'il n'aime plus est avec un autre — retourne la situation une dernière fois : le narrateur, qui se croyait maître de ses choix, finit absurdement prisonnier d'une amitié avec le mari. C'est là que le texte déploie sa vraie malice : non pas dans une leçon sur le désir ou la morale, mais dans le portrait d'un homme débordé par ses propres arrangements.
Strophe 1
Les dragons de vertu n'en prennent pas ombrage,
Si j'avais eu l'honneur de commander à bord,
À bord du Titanic quand il a fait naufrage,
J'aurais crié : "Les femm's adultères d'abord !"
Strophe 2
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 3
Car, pour combler les voeux, calmer la fièvre ardente
Du pauvre solitaire et qui n'est pas de bois,
Nulle n'est comparable à l'épouse inconstante.
Femmes de chefs de gare, c'est vous la fleur d'époi.
Strophe 4
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 5
Quant à vous, messeigneurs, aimez à votre guise,
En ce qui me concerne, ayant un jour compris
Qu'une femme adultère est plus qu'une autre exquise,
Je cherche mon bonheur à l'ombre des maris.
Strophe 6
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 7
À l'ombre des maris, mais cela va sans dire,
Pas n'importe lesquels, je les trie, les choisis.
Si madame Dupont, d'aventure, m'attire,
Il faut que, par surcroît, Dupont me plaise aussi !
Strophe 8
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 9
Il convient que le bougre ait une bonne poire
Sinon, me ravisant, je détale à grands pas,
Car je suis difficile et me refuse à boire
Dans le verr' d'un monsieur qui ne me revient pas.
Strophe 10
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 11
Ils sont loin mes débuts où, manquant de pratique,
Sur des femmes de flics je mis mon dévolu.
Je n'étais pas encore ouvert à l'esthétique,
Cette faute de goût je ne la commets plus.
Strophe 12
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 13
Oui, je suis tatillon, pointilleux, mais j'estime
Que le mari doit être un gentleman complet,
Car on finit tous deux par devenir intimes
À force, à force de se passer le relais.
Strophe 14
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 15
Mais si l'on tombe, hélas ! sur des maris infâmes,
Certains sont si courtois, si bons si chaleureux,
Que, même après avoir cessé d'aimer leur femme,
On fait encor semblant uniquement pour eux.
Strophe 16
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 17
C'est mon cas ces temps-ci, je suis triste, malade,
Quand je dois faire honneur à certaine pécore,
Mais, son mari et moi, c'est Oreste et Pylade,
Et, pour garder l'ami, je la cajole encore.
Strophe 18
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 19
Non contente de me déplaire, elle me trompe,
Et les jours où, furieux, voulant tout mettre à bas
Je crie : "La coupe est pleine, il est temps que je rompe !"
Le mari me supplie : "Non, ne me quittez pas !"
Strophe 20
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 21
Et je reste, et, tous deux, ensemble on se flagorne.
Moi, je lui dis : "C'est vous mon cocu préféré."
Il me réplique alors : "Entre toutes mes cornes,
Celles que je vous dois, mon cher, me sont sacrées."
Strophe 22
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière...
Strophe 23
Et je reste et, parfois, lorsque cette pimbêche
S'attarde en compagnie de son nouvel amant,
Que la nurse est sortie, le mari à la pêche,
C'est moi, pauvre de moi ! qui garde les enfants.