À l'ombre du cœur de ma mie

À l'ombre du cœur de ma mie
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Analyse littéraire
Brassens habille une scène galante très simple — un baiser volé sur le cœur d'une femme endormie — des atours du conte merveilleux, convoquant la « belle au bois dormant » et la « bonne fée » pour mieux souligner l'absurdité de ce qui suit : un oiseau qui crie « au voleur » et « à l'assassin » comme si le narrateur s'en prenait au sein de sa mie. Le décalage entre la délicatesse du geste, souligné par le « à genoux » du poète, et la violence des accusations lancées par l'étourneau produit un effet comique immédiat, sans qu'il soit besoin d'y chercher une portée plus grave. Ce qui achève de faire basculer la chanson dans la satire, c'est le « branle-bas dans Landerneau » : « tout le monde et son père » accourt au secours d'une femme qui dormait paisiblement, et c'est ce vacarme collectif, ces « rumeurs » et « grondements », qui effarouche l'enchantement et pousse la belle à refermer son cœur. La conclusion, où le narrateur se fait chasseur armé d'une arbalète, est moins une métaphore de revanche qu'une pirouette finale : l'amoureux évincé par un oiseau bavard se retrouve à courir « les bois et les chemins », puni d'un désir qui ne demandait pourtant pas grand-chose.
Strophe 1
À l'ombre du coeur de ma mie
À l'ombre du coeur de ma mie
Un oiseau s'était endormi
Un oiseau s'était endormi
Un jour qu'elle faisait semblant
D'être la belle au bois dormant
Strophe 2
Et moi, me mettant à genoux,
Et moi, me mettant à genoux,
Bonne fée, sauvegardez-nous !
Bonne fée, sauvegardez-nous !
Sur ce coeur j'ai voulu poser
Une manière de baiser.
Strophe 3
Alors cet oiseau de malheur
Alors cet oiseau de malheur
Se mit à crier Au voleur !
Se mit à crier Au voleur !
Au voleur ! et À l'assassin !
Comm' si j'en voulais à son sein
Strophe 4
Aux appels de cet étourneau,
Aux appels de cet étourneau,
Grand branle-bas dans Landerneau
Grand branle-bas dans Landerneau :
Tout le monde et son père accourt
Aussitôt lui porter secours
Strophe 5
Tant de rumeurs, de grondements,
Tant de rumeurs, de grondements,
Ont fait peur aux enchantements,
Ont fait peur aux enchantements,
Et la belle désabusée
Ferma son coeur à mon baiser.
Strophe 6
Et c'est depuis ce temps, ma soeur,
Et c'est depuis ce temps, ma soeur,
Que je suis devenu chasseur,
Que je suis devenu chasseur,
Que mon arbalète à la main
Je cours les bois et les chemins.
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