Auprès de mon arbre

Auprès de mon arbre
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Analyse littéraire
Le refrain – « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, j'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre » – revient à chaque couplet comme un constat que le narrateur ressasse plutôt qu'il ne l'analyse, installant d'emblée une nostalgie sans grandiloquence. Ce que Brassens construit ensuite, c'est une série de substitutions qui se démasquent elles-mêmes : les frênes et arbres de Judée sont « de haute futaie », les pipes d'écume sont « ornées de fleurons », la nouvelle compagne est recherchée pour remplacer celle qui « laissait trop de pierres dans les lentilles » – chaque remplacement arrive accompagné de ses propres insuffisances, énoncées avec la même désinvolture que le regret original. Le registre familier, parfois argotique – « j'ai plaqué mon chêne comme un saligaud », « j'ai foutu le camp » –, tient le texte loin de toute plainte sérieuse : le narrateur se juge lui-même avec une franchise qui fait sourire plutôt qu'elle n'apitoie. Ce que la chanson réussit, c'est de loger un vrai regret dans un cadre résolument comique, sans jamais laisser l'un écraser l'autre.
Strophe 1
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre...
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû le quitter des yeux...
Strophe 2
J'ai plaqué mon chêne
Comme un saligaud,
Mon copain le chêne
Mon alter ego,
On était du même bois
Un peu rustique, un peu brut,
Dont on fait n'importe quoi
Sauf, naturell'ment, les flûtes...
J'ai maint'nant des frênes,
Des arbr's de Judée,
Tous de bonne graine,
De haute futaie...
Mais toi tu manque' à l'appel
Ma vieill' branche de campagne
Mon seul arbre de Noël,
Mon mât de cocagne!
Strophe 3
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre...
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû le quitter des yeux...
Strophe 4
Je suis un pauv' type,
J'aurais plus de joie:
J'ai jeté ma pipe,
Ma vieill' pipe en bois,
Qui avait fumé sans s' fâcher,
Sans jamais m'brûler la lippe,
L' tabac d' la vache enragée
Dans sa bonn' vieill' têt' de pipe...
J'ai des pip's d'écume
Ornées de fleurons,
De ces pip's qu'on fume
En levant le front,
Mais j' retrouv'rai plus, ma foi,
Dans mon coeur ni sur ma lippe,
Le goût d' ma vieill' pip' en bois,
Sacré nom d'un' pipe!
Strophe 5
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre...
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû le quitter des yeux...
Strophe 6
Le surnom d'infâme
Me va comme un gant:
D'avecques ma femme
J'ai foutu le camp,
Parc' que depuis tant d'années,
C'était pas un' sinécure
De lui voir tout l' temps le nez
Au milieu de la figure...
Je bats la campagne
Pour dénicher la
Nouvelle compagne
Valant celle-là,
Qui, bien sûr, laissait beaucoup
Trop de pierr's dans les lentilles,
Mais se pendait à mon cou
Quand j' perdais mes billes!
Strophe 7
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre...
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû le quitter des yeux...
Strophe 8
J'avais un' mansarde
Pour tout logement,
Avec des lézardes
Sur le firmament,
Je l'savais par coeur depuis
Et, pour un baiser la course,
J'emmenais mes bell's de nuit
Faire un tour sur la Grande Ourse...
J'habit' plus d' mansarde,
Il peut désormais
Tomber des hall'bardes,
Je m'en bats l'oeil mais,
Mais si quelqu'un monte aux cieux
Moins que moi j'y paie des prunes:
Y a cent sept ans, qui dit mieux,
Qu' j'ai pas vu la lune !
Strophe 9
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre...
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû le quitter des yeux...
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