Bécassine

Analyse littéraire
La « coiffe de Bécassine » posée sur un champ de blé donne immédiatement le ton : ce personnage emprunté à la bande dessinée populaire devient ici l'objet d'une convoitise comiquement disproportionnée, où « seigneurs du voisinage », « gros bonnets » et « Cupidons à particules » rêvent tous de s'approprier ce qui leur échappe. Chacun des trois prétendants heureux — robin, gredin, étranger — est défini par ce qu'il ne possède pas (« pas l'ombre d'un lopin », « d'un jardin », « d'un verger »), ce qui retourne discrètement la logique aristocratique : c'est précisément celui qui n'a rien qui gagne tout. La progression des trois couplets — blé sous la coiffe, pervenches dans les yeux, cerises sur les lèvres — construit un portrait par fragments champêtres, chaque strophe ajoutant une nouvelle beauté simple que les grands noms auraient « bien mis leur bourse à plat » pour s'offrir. La référence au panier de Madame de Sévigné, glissée là comme une incongruité délicieuse, résume l'effet recherché : mêler le registre galant et le registre rustique pour mieux railler ceux qui mesurent tout en termes d'acquêts et de blason. La réserve finale — « si le diable s'en mêle pas » — revient comme une pirouette à chaque promesse d'amour, maintenant jusqu'au bout le ton légèrement espiègle qui empêche la chanson de se prendre au sérieux.
Strophe 1
Un champ de blé prenait racine
Sous la coiffe de Bécassine,
Ceux qui cherchaient la Toison d'Or
Ailleurs avaient bigrement tort.
Tous les seigneurs du voisinage,
Les gros bonnets, grands personnages,
Rêvaient de joindre à leur blason
Une boucle de sa toison.
Un champ de blé prenait racine
Sous la coiffe de Bécassine.
Strophe 2
C'est une espèce de robin,
N'ayant pas l'ombre d'un lopin,
Qu'elle laissa pendre, vainqueur,
Au bout de ses accroche-coeurs.
C'est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la Chanson
Des Blés d'Or en toute saison
Et jusqu'à l'heure du trépas,
Si le diable s'en mêle pas.
Strophe 3
Au fond des yeux de Bécassine
Deux pervenches prenaient racine,
Si belles que Sémiramis
Ne s'en est jamais bien remise.
Et les grands noms à majuscules,
Les Cupidons à particules
Auraient cédé tous leurs acquêts
En échange de ce bouquet.
Au fond des yeux de Bécassine
Deux pervenches prenaient racine.
Strophe 4
C'est une espèce de gredin,
N'ayant pas l'ombre d'un jardin,
Un soupirant de rien du tout
Qui lui fit faire les yeux doux.
C'est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Des Fleurs Bleues en toute saison
Et jusqu'à l'heure du trépas,
Si le diable s'en mêle pas.
Strophe 5
À sa bouche, deux belles guignes,
Deux cerises tout à fait dignes,
Tout à fait dignes du panier
De Madame de Sévigné.
Les hobereaux, les gentillâtres,
Tombés tous fous d'elle, idolâtres,
Auraient bien mis leur bourse à plat
Pour s'offrir ces deux guignes-là,
Tout à fait dignes du panier
De Madame de Sévigné.
Strophe 6
C'est une espèce d'étranger,
N'ayant pas l'ombre d'un verger,
Qui fit s'ouvrir, qui étrenna
Ses jolies lèvres incarnat.
C'est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Du Temps des Ceris's en tout' saison
Et jusqu'à l'heure du trépas,
Si le diable s'en mêle pas.
Strophe 7
C'est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Du Temps des Ceris's en tout' saison
Et jusqu'à l'heure du trépas,
Si le diable s'en mêle pas
← Retour