Bonhomme

Bonhomme
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Analyse littéraire
Le refrain « Bonhomme va mourir de mort naturelle », répété à la fin de chaque strophe avec une régularité implacable, fait de la mort non pas un événement mais un état déjà acquis, presque administratif — ce que la formule « mort naturelle » dit clairement, avec une platitude qui, loin d'atténuer, rend le deuil plus pesant. Autour de ce pivot immobile, la vieille s'agite : elle marche malgré « la bise qui mord », elle « moissonne » le bois « de ses doigts gourds », elle traverse une forêt que le texte qualifie de « blême » et où elle avait jadis rêvé de l'homme qu'elle aime encore. Ce passé resurgi au cœur du présent laborieux donne à sa marche une épaisseur particulière : elle ne ramasse pas seulement du bois, elle traverse sa propre mémoire. Deux voix viennent alors l'intercepter — l'une qui annonce que Bonhomme sera mort à son retour, l'autre, « plus profonde », qui lui rappelle son infidélité — mais « rien ni personne » ne l'arrête, dit le texte avec une insistance qui ressemble moins à de la résignation qu'à une forme têtue de fidélité. Brassens construit ainsi un portrait sobre et précis d'une femme qui continue, non par aveuglement, mais en sachant exactement ce qu'elle sait.
Strophe 1
Malgré la bise qui mord,
La pauvre vieille de somme
Va ramasser du bois mort
Pour chauffer Bonhomme,
Bonhomme qui va mourir
De mort naturelle
Strophe 2
Mélancolique, elle va
À travers la forêt blême
Où jadis elle rêva
De celui qu'elle aime,
Qu'elle aime et qui va mourir
De mort naturelle.
Strophe 3
Rien n'arrêtera le cours
De la vieille qui moissonne
Le bois mort de ses doigts gourds,
Ni rien ni personne,
Car Bonhomme va mourir
De mort naturelle.
Strophe 4
Non, rien ne l'arrêtera
Ni cette voix de malheur
Qui dit : "Quand tu rentreras
Chez toi, tout à l'heure
Bonhomm' sera déjà mort
De mort naturelle."
Strophe 5
Ni cette autre et sombre voix,
Montant du plus profond d'elle
Lui rappeler qu'autrefois
Il fut infidèle,
Car Bonhomme, il va mourir
De mort naturelle.
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