Brave Margot
Analyse littéraire
Brassens construit toute la chanson sur un malentendu : Margot, « simple et très sage », croit sincèrement que les hommes du village viennent voir son chat, et cette méprise innocente est le ressort de tout l'humour. Ce qui frappe, c'est la liste des autorités morales et civiques convoquées — maître d'école, maire, bedeau, facteur, enfants de chœur, gendarmes — toutes réduites à « négliger carrément leur tâche » pour un même spectacle, ce qui dit beaucoup sur la solidité des institutions face au désir. Le refrain répété, ponctué de ses « la la la », donne à cette débandade collective un air de fête plutôt que de scandale, maintenant le ton du côté de la gaieté. La violence finale — les femmes qui s'arment de bâtons et « immolent le chaton » — tranche brutalement avec la légèreté du reste, mais elle reste ancrée dans le concret : ce sont des épouses et des galantes privées de leurs hommes, pas les représentantes d'un ordre symbolique. Margot pleure, se marie, et le village oublie ; seuls les vieux racontent encore, comme si la chanson elle-même était ce récit que les anciens transmettent aux enfants — un peu grivois, un peu cruel, tout à fait humain.
Strophe 1
Margoton la jeune bergère
Trouvant dans l'herbe un petit chat
Qui venait de perdre sa mère
L'adopta
Elle entrouvre sa collerette
Et le couche contre son sein
C'était tout c' qu'elle avait, pauvrette,
Comm' coussin
Le chat la prenant pour sa mère
Se mit à téter tout de go
Émue, Margot le laissa faire
Brav' Margot
Un croquant passant à la ronde
Trouvant le tableau peu commun
S'en alla le dire à tout l' monde
Et le lendemain
Strophe 2
Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait qu' c'était pour voir son chat
Qu'tous les gars, qu'tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Strophe 3
L' maître d'école et ses potaches
Le mair', le bedeau, le bougnat
Négligeaient carrément leur tâche
Pour voir ça
Le facteur d'ordinair' si preste
Pour voir ça, ne distribuait plus
Les lettres que personne au reste
N'aurait lues
Pour voir ça, Dieu le leur pardonne,
Les enfants de choeur au milieu
Du saint sacrifice abandonnent
Le saint lieu
Les gendarmes, mêm' les gendarmes
Qui sont par natur' si ballots
Se laissaient toucher par les charmes
Du joli tableau
Strophe 4
Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait qu' c'était pour voir son chat
Qu'tous les gars, qu'tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Strophe 5
Mais les autr’s femm’s de la commune
Privées d’leurs époux, d’leurs galants,
Accumulèrent la rancune
Patiemment…
Puis un jour, ivres de colère,
Elles s’armèrent de bâtons
Et, farouches, elles immolèrent
Le chaton…
La bergère, après bien des larmes
Pour s’consoler prit un mari
Et ne dévoila plus ses charmes
Que pour lui…
Le temps passa sur les mémoires,
On oublia l’événement,
Seuls des vieux racontent encore
À leurs p’tits enfants…
Strophe 6
Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait qu' c'était pour voir son chat
Qu'tous les gars, qu'tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la