Analyse littéraire
Brassens ouvre la chanson par un retournement net : là où « la mineure perdait son honneur au moindre faux pas », c'est désormais « la gourde qui ne le fait pas » — la honte a changé de camp, et c'est cette inversion que tout le texte va explorer. La jeune fille de seize ans encore « vierge et sage » est raillée par son école, brocardée pour sa « fleur d'oranger », moquée par des camarades « plus ample informés » qu'elle et dont on s'est occupé « avec leur crécelle au bout de leurs doigts » : la pression décrite est concrète, scolaire, quotidienne, sans grandeur ni drame. Ce que Brassens fait alors est précis et sobre : il refuse de trancher, posant dans la même strophe que « y a pas plus de honte à se refuser, ni plus de mérite d'ailleurs qu'à se faire baiser » — deux comportements renvoyés dos à dos, sans hiérarchie. La seule boussole proposée est intérieure : « comporte-toi comme te le dit ton cœur », formule qui déplace la question du regard social vers le désir propre. L'expression « Vénus de panurge » condense en un mot-valise la pulsion érotique et le conformisme grégaire, nommant exactement ce contre quoi la chanson met en garde. La chute, avec ses « onze mille verges » traversées sans perte de virginité, clôt le tout sur un trait d'humour grivois qui désamorce toute tentation de conclure sérieusement : Brassens a défendu la liberté de choix, mais il se garde bien de transformer la chanson en leçon.
Strophe 1
Jadis la mineure
Perdait son honneur
Au moindre faux pas
Ces mœurs n'ont plus cours de
Nos jours c'est la gourde
Qui ne le fait pas.
Strophe 2
Toute ton école,
Petite, rigole
Qu'encore à seize ans
Tu sois vierge et sage,
Fidèle à l'usage
Caduc à présent.
Strophe 3
Malgré les exemples
De gosses, plus ample
Informés que toi,
Et qu'on dépucelle
Avec leur crécelle
Au bout de leurs doigts,
Strophe 4
Chacun te brocarde
De ce que tu gardes
Ta fleur d'oranger,
Pour la bonne cause,
Et chacune glose
Sur tes préjugés.
Strophe 5
Et tu sers de cible
Mais reste insensible
Aux propos moqueurs,
Aux traits à la gomme.
Comporte-toi comme
Te le dit ton cœur.
Strophe 6
Quoi que l'on raconte,
Y a pas plus de honte
À se refuser,
Ni plus de mérite
D'ailleurs, ma petite,
Qu'à se faire baiser.
Strophe 7
Certes, si te presse
La soif de caresses,
Cours, saute avec les
Vénus de panurge.
Va, mais si rien n'urge,
Faut pas t'emballer.
Strophe 8
Mais si tu succombes,
Sache surtout qu'on peut
Être passée par
Onze mille verges,
Et demeurer vierge,
Paradoxe à part.