Clairette et la fourmi

Interprété par Jean Bertola
Analyse littéraire
La chanson joue sur un décalage constant entre la légèreté du cadre pastoral — « herbe tendre et pâquerettes », chevrettes, sommeil au grand air — et la mécanique absurde d'un incident minuscule qui tourne au tribunal : une fourmi dans une collerette suffit à transformer un geste secourable en « crime de lèse-bergerette ». Ce qui est savoureux, c'est que Brassens prend au sérieux le protocole de l'indignation — les gifles ne sont « pas des gifles d'opérette, pas des demies », le cou reste « démis belle lurette » — tout en faisant sentir à chaque couplet l'absurdité de la sanction. Le retournement final, quand Clairette « baissant les mirettes » avoue avoir elle-même glissé la fourmi dans sa collerette, ne résout rien moralement : il révèle simplement que le narrateur était accusé à tort d'avoir voulu ce que Clairette avait précisément voulu. La bénédiction conclusive — « Dieu protège les bergerettes et les fourmis » — est moins une élévation spirituelle qu'un clin d'œil : elle met sur le même plan la jeune bergère et l'insecte complice, soulignant avec une douce ironie que tout ce petit monde s'en est finalement bien sorti.
Strophe 1
J'étais pas l'amant de Clairette,
Mais son ami.
De jamais lui conter fleurette
J'avais promis.
Un jour qu'on gardait ses chevrettes
Aux champs, parmi
L'herbe tendre et les pâquerettes,
Elle s'endormit.
L'herbe tendre et les pâquerettes,
Elle s'endormit.
Strophe 2
Durant son sommeil, indiscrète,
Une fourmi
Se glissa dans sa collerette,
Quelle infamie !
Moi, pour secourir la pauvrette,
Vite je mis
Ma patte sur sa gorgerette :
Elle a blêmi.
Ma patte sur sa gorgerette :
Elle a blêmi.
Strophe 3
Crime de lèse-bergerette
J'avais commis.
Par des gifles que rien n'arrête
Je suis puni,
Et pas des gifles d'opérette,
Pas des demies.
J'en ai gardé belle lurette
Le cou démis.
J'en ai gardé belle lurette
Le cou démis.
Strophe 4
Quand j'ai tort, moi, qu'on me maltraite,
D'accord, admis !
Mais quand j'ai rien fait, je regrette,
C'est pas permis.
Voilà qu'à partir je m'apprête
Sans bonhomie,
C'est alors que la guillerette
Prend l'air soumis.
C'est alors que la guillerette
Prend l'air soumis.
Strophe 5
Elle dit, baissant les mirettes :
"C'est moi qui ai mis,
Au-dedans de ma collerette,
Cette fourmi."
Les clés de ses beautés secrètes
Ell' m'a remis.
Le ciel me tombe sur la crête
Si l'on dormit.
Le ciel me tombe sur la crête
Si l'on dormit.
Strophe 6
Je suis plus l'ami de Clairette,
Mais son promis.
Je ne lui contais pas fleurette,
Je m'y suis mis.
De jour en jour notre amourette
Se raffermit.
Dieu protège les bergerettes
Et les fourmis !
Dieu protège les bergerettes
Et les fourmis !
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