Analyse littéraire
Les personnages de la commedia dell'arte défilent ici comme une procession de marionnettes : Léandre, Pierrot, Cassandre, Arlequin, chacun esquissé en deux traits rapides avant d'être englouti dans le mouvement collectif qui « rit, chante et danse ». Ce cortège agité converge vers une seule figure immobile, « une frêle enfant méchante », dont la fragilité apparente est immédiatement démentie par ses « yeux pervers » et son ordre sec : « À bas les pattes ! » Le « Do, mi, sol, mi, fa » lancé au milieu du poème ne résume pas tant la légèreté de la scène qu'il ne la souligne avec un sourire : la fête est réelle, mais elle se déroule au bénéfice d'une seule, qui « conduit son troupeau de dupes » la rose au chapeau, geste d'élégance qui dit aussi la distance. Brassens ne commente pas : il dispose les éléments — le masque, le saut de puce, la jupe relevée — et laisse le mot « dupes », placé en chute, refermer le piège sur les personnages comme sur le lecteur.
Strophe 1
Léandre le sot,
Pierrot qui d'un saut
De puce
Franchit le buisson,
Cassandre sous son
Capuce,
Strophe 2
Arlequin aussi,
Cet aigrefin si
Fantasque,
Aux costumes fous,
Les yeux luisant sous
Son masque,
Strophe 3
Do, mi, sol, mi, fa,
Tout ce monde va,
Rit, chante
Et danse devant
Une frêle enfant
Méchante
Strophe 4
Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : "À bas
Les pattes !"
Strophe 5
L'implacable enfant,
Preste et relevant
Ses jupes,
La rose au chapeau,
Conduit son troupeau
De dupes !