Comme hier

Paul Fort
Comme hier
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Analyse littéraire
Le refrain « comme hier » donne le ton : l'amour, ici, ne se réinvente pas, il se reconduit. Brassens installe Thérèse et son narrateur dans une routine campagnarde où les dindons, les porcs et les ustensiles de cuisine ne sont pas des décors pittoresques mais la matière même de la relation — ce dans quoi l'affection se loge, faute de grands élans. La formule « si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons » dit l'essentiel avec une franchise légèrement comique : peu importe la réciprocité, l'attachement tiendra bon, avec ou sans elle. « L'un tient le couteau, l'autre la cuillère » ne pose pas une bataille entre les sexes mais décrit simplement un couple qui fonctionne par partage des tâches, chacun à sa place, comme on s'y était mis la veille. Le refrain « la vie, c'est toujours les mêmes chansons » n'est pas un aveu de désenchantement : dans ce contexte, la répétition est ce qui dure, et ce qui dure ressemble fort à une forme d'amour.
Strophe 1
Hé ! donn' moi ta bouche, hé ! ma jolie fraise !
L'aube a mis des frais's plein notre horizon.
Garde tes dindons, moi mes porcs, Thérèse.
Ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Strophe 2
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller :
La vie, c'est toujours les mêmes chansons.
Strophe 3
Pour sauter l' gros sourceau de pierre en pierre,
Comme tous les jours mes bras t'enlèv'ront.
Nos dindes, nos truies nous suivront légères.
Ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Strophe 4
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aimerons.
La vie, c'est toujours amour et misère.
La vie, c'est toujours les mêmes chansons.
Strophe 5
J'ai tant de respect pour ton coeur, Thérèse.
Et pour tes dindons, quand nous nous aimons.
Quand nous nous fâchons, hé ! ma jolie fraise,
Ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Strophe 6
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller :
La vie, c'est toujours la même chanson
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