Analyse littéraire
L'ouverture répétée « Heureux qui comme Ulysse » convoque le mythe du grand voyageur non pour célébrer l'errance, mais pour mieux en montrer le terme : ce qui compte, c'est d'avoir « retrouvé » — le verbe est là, précis — « le pays des vertes années ». Le refrain, loin d'être une abstraction, ancre la liberté dans des sensations immédiates : « le soleil vous chante au cœur », « le vent », « la pluie et le beau temps », jusqu'au cheval que l'on nomme comme un compagnon. Les variations entre les deux parties de la chanson — « Provence » puis « Camargue », « on vivait bien contents » puis « on vivra bien contents » — ne changent pas le décor pour le plaisir du pittoresque, mais basculent du souvenir à la promesse, comme si le bonheur décrit était à la fois déjà vécu et encore devant soi. Ce glissement du passé vers le futur donne au texte son élan discret : Brassens ne pose pas de leçon, il chante que l'on est « mieux ici qu'ailleurs » et qu'un ami qui « sèche vos pleurs » suffit à rendre le voyage accompli.
Strophe 1
Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage,
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé, après
Maintes traversées,
Le pays des vertes années.
Strophe 2
Par un petit matin d'été,
Quand le soleil vous chante au cœur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté!
Strophe 3
Quand on est mieux ici qu'ailleurs,
Quand un ami fait le bonheur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté!
Strophe 4
Avec le soleil et le vent,
Avec la pluie et le beau temps,
On vivait bien contents,
Mon cheval, ma Provence et moi,
Mon cheval, ma Provence et moi.
Strophe 5
Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage,
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé, après
Maintes traversées,
Le pays des vertes allées.
Strophe 6
Par un joli matin d'été,
Quand le soleil vous chante au cœur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté!
Strophe 7
Quand c'en est fini des malheurs,
Quand un ami sèche vos pleurs,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté!
Strophe 8
Battus de soleil et de vent,
Perdus au milieu des étangs,
On vivra bien contents,
Mon cheval, ma Camargue et moi,
Mon cheval, ma Camargue et moi.