Je me suis fait tout petit

Je me suis fait tout petit
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Analyse littéraire
Brassens construit sa chanson sur une inversion : l'homme qui n'ôtait son chapeau « devant personne » rampe désormais, mange « dans sa menotte » et a troqué ses « dents de loup » contre des « quenottes ». Ce vocabulaire de la régression — petit, doux, rôti, converti — dit moins une conquête amoureuse qu'une capitulation consentie, vécue avec une lucidité amusée plutôt que dramatique. La poupée du refrain, qui « ferme les yeux quand on la couche » et « fait maman quand on la touche », n'est pas une figure innocente : ce jouet mécanique et maternel à la fois concentre quelque chose de possessif, confirmé par la jalousie portée « au-delà de tout » et par la pervenche qui « mourut à coups d'ombrelle ». L'ambivalence de la femme aimée tient d'ailleurs dans deux images symétriques : ses « dents de lait quand elle sourit » et ses « dents de loup quand elle est furie » — exactement les attributs que le narrateur avait perdus. La chute, avec ses somnambules, ses mages et son dernier supplice « en ses bras en croix », grossit le trait jusqu'à l'absurde, mais le « s'il faut se pendre » ramène aussitôt l'ironie : ce n'est pas un martyrologe, c'est un homme qui sait très bien ce qui lui arrive et qui y consent quand même.
Strophe 1
Je n'avais jamais ôté mon chapeau
Devant personne...
Maintenant je rampe et je fais le beau
Quand ell' me sonne.
J'étais chien méchant... ell' me fait manger
Dans sa menotte.
J'avais des dents d' loup... je les ai changées
Pour des quenottes !
Strophe 2
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui ferm' les yeux quand on la couche
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait "maman" quand on la touche.
Strophe 3
J'étais dur à cuire... ell' m'a converti
La fine mouche,
Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Contre sa bouche
Qui a des dents de lait quand elle sourit,
Quand elle chante,
Et des dents de loup, quand elle est furie,
Qu'elle est méchante.
Strophe 4
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui ferm' les yeux quand on la couche
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait "maman" quand on la touche.
Strophe 5
Je subis sa loi, je file tout doux
Sous son empire,
Bien qu'ell' soit jalouse au-delà de tout,
Et même pire...
Un’ jolie pervench’ qui m’avait paru
Plus jolie qu’elle,
Un' jolie pervench' un jour en mourut
À coups d'ombrelle.
Strophe 6
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui ferm' les yeux quand on la couche
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait "maman" quand on la touche.
Strophe 7
Tous les somnambules, tous les mages m'ont
Dit sans malice,
Qu'en ses bras en croix, je subirai mon
Dernier supplice...
Il en est de pir's il en est d' meilleurs,
Mais, à tout prendre,
Qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs...
S'il faut se pendre.
Strophe 8
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui ferm' les yeux quand on la couche,
Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait "maman" quand on la touche.
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