Je rejoindrai ma belle

Je rejoindrai ma belle
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Analyse littéraire
Brassens construit sa chanson sur une mécanique implacable : à chaque couplet, le narrateur invente un nouveau moyen de rejoindre sa belle — la passerelle, puis la balancelle, puis les ailes —, et à chaque fois une force extérieure l'anéantit, qu'il s'agisse de la bourrasque, des marins ou des chasseurs à l'affût. Ce jeu de destruction systématique est chaque fois annoncé par la même formule « tombant du haut des nues », qui donne à l'obstacle l'apparence d'une fatalité tombée du ciel, et soldé par le même constat lapidaire : « il y en a plus ». L'entêtement du narrateur — « à l'heure du berger, au mépris du danger » — est presque comique et empêche la chanson de basculer dans le tragique. La chute finale déjoue pourtant l'attente : le narrateur qui se dit « mort fidèle » demande aussitôt à la belle d'attendre « quelques jours » avant de « filer de nouvell's amours », ce clin d'œil transformant la déclaration d'amour absolu en une pirouette tendre, où la fidélité elle-même finit par rire d'elle-même.
Strophe 1
À l'heure du berger,
Au mépris du danger,
J' prendrai la passerelle
Pour rejoindre ma belle,
À l'heure du berger,
Au mépris du danger,
Et nul n'y pourra rien changer.
Strophe 2
Tombant du haut des nues,
La bourrasque est venue
Souffler dessus la passerelle,
Tombant du haut des nues,
La bourrasque est venue,
Des passerelles, il y en a plus.
Strophe 3
Si les vents ont cru bon
De me couper les ponts,
J' prendrai la balancelle
Pour rejoindre ma belle,
Si les vents ont cru bon,
De me couper les ponts,
J'embarquerai dans l'entrepont.
Strophe 4
Tombant du haut des nues,
Les marins sont venus
Lever l'ancre à la balancelle,
Tombant du haut des nues,
Les marins sont venus,
Des balancelles, il y en a plus.
Strophe 5
Si les forbans des eaux
Ont volé mes vaisseaux,
Il me pouss'ra des ailes
Pour rejoindre ma belle,
Si les forbans des eaux
Ont volé mes vaisseaux,
J' prendrai le chemin des oiseaux.
Strophe 6
Les chasseurs à l'affût
Te tireront dessus,
Adieu la plume ! Adieu les ailes !
Les chasseurs à l'affût
Te tireront dessus,
De tes amours, y en aura plus.
Strophe 7
Si c'est mon triste lot
De faire un trou dans l'eau,
Racontez à la belle
Que je suis mort fidèle,
Et qu'ell' daigne à son tour
Attendre quelques jours
Pour filer de nouvell's amours.
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