Jehan l'advenu

Norge
Analyse littéraire
Le refrain « Puis il revint comme il était parti » installe d'emblée un personnage que rien n'altère : « bon pied, bon œil », « la vive marguerite aux dents », « la flamme qui crépite aux yeux » — les mêmes attributs, inchangés, d'un retour à l'autre. Ce que fait le texte, c'est de faire coexister cette fixité du personnage avec une succession d'actes concrets et disparates : un baiser donné à Aline, de l'or étranger posé sur la table, un sommeil dans la « chambre enfantine », un rêve d'écume et de cavale. Les images marines — « rafales », « écume », « chansons de marine » — ne sont pas là pour décorer, elles disent quelque chose de réel sur cet homme : il appartient à un monde de mouvement et d'intempéries que la vie domestique n'effleure pas vraiment. Le « adieu saugrenu » final, mot délibérément décalé et léger, confirme que ce départ n'a rien de tragique ni de solennel — c'est simplement la conclusion logique d'un passage, d'une visite, d'un intermède. Brassens dessine ainsi un personnage qui traverse les existences des autres sans s'y arrimer, avec une aisance que le texte ne juge ni ne glorifie.
Strophe 1
Puis il revint comme il était parti :
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents, toujours la vive marguerite,
Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Strophe 2
Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser,
Mit sur la table un peu d'or étranger,
Chanta, chanta deux chansons de marine,
S'alla dormir dans la chambre enfantine.
Strophe 3
Puis il revint comme il était parti :
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents, toujours la vive marguerite,
Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Strophe 4
Rêva tout haut d'écume et de cavale,
S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine,
Chanta, chanta deux chansons de marine.
Strophe 5
Puis il revint comme il était parti :
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents, toujours la vive marguerite,
Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Strophe 6
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
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