La Chasse aux papillons

La Chasse aux papillons
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Analyse littéraire
Le jeune protagoniste est introduit dès le premier vers comme « un bon petit diable à la fleur de l'âge », formule qui dit tout : il y a de la malice, mais une malice fraîche, sans noirceur, renforcée par « la jambe légère » et « l'œil polisson ». Cendrillon, elle, est « ravie de quitter sa cage » — un mot qui suffit à signaler l'étouffement du quotidien sans que Brassens ait besoin d'insister. Le couple s'avance « bras d'ssus bras d'ssous » vers les bocages en croyant chasser des papillons, mais c'est l'amour qui les chasse, lui, avec « son aiguillon » — retournement discret et efficace, où la proie et le chasseur échangent leurs rôles. Le dialogue du troisième couplet est le plus savoureux : Cendrillon prévient que la vraie quête ne se trouve ni dans les plis de son cotillon ni dans l'échancrure de son corsage, mais le garçon répond en posant sa bouche « en guis' de bâillon » — réplique sans mot qui clôt le débat avec un humour tendre. Le dénouement renverse l'attente avec une logique aussi simple que malicieuse : désormais que l'amour est là, ils ne feront plus la chasse aux papillons, parce qu'ils ont trouvé mieux — et ce « tant qu'ils s'aimeront » glisse en passant, sans s'appesantir, la seule ombre au tableau.
Strophe 1
Un bon petit diable à la fleur de l'âge,
La jambe légère et l'œil polisson,
Et la bouche plein' de joyeux ramages,
Allait à la chasse aux papillons.
Comme il atteignait l'orée du village,
Filant sa quenouille, il vit Cendrillon,
Il lui dit : « Bonjour, que Dieu te ménage,
J' t'emmène à la chasse aux papillons.»
Strophe 2
Cendrillon, ravie de quitter sa cage,
Met sa robe neuve et ses bottillons ;
Et bras d'ssus bras d'ssous vers les frais bocages
Ils vont à la chasse aux papillons.
Ils ne savaient pas que sous les ombrages,
Se cachait l'amour et son aiguillon,
Et qu'il transperçait les cœurs de leur âge,
Les cœurs des chasseurs de papillons.
Strophe 3
Quand il se fit tendre, ell' lui dit : « J' présage
Qu' c'est pas dans les plis de mon cotillon,
Ni dans l'échancrure de mon corsage,
Qu'on va-t-à la chasse aux papillons. »
Sur sa bouche en feu qui criait : « Sois sage ! »
Il posa sa bouche en guis' de bâillon,
Et c' fut l' plus charmant des remue-ménage
Qu'on ait vus d' mémoire de papillon.
Strophe 4
Un volcan dans l'âme, i' r'vinr'nt au village,
En se promettant d'aller des millions,
Des milliards de fois, et mêm' davantage,
Ensemble à la chasse aux papillons.
Mais tant qu'ils s'aim'ront, tant que les nuages
Porteurs de chagrins les épargneront,
I' f'ra bon voler dans les frais bocages,
I' f'ront pas la chasse aux papillons...
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