La guerre
Analyse littéraire
Le premier et le dernier couplet sont identiques, mot pour mot : ce retour en boucle referme le propos sur lui-même, comme si la fascination populaire pour la guerre se reproduisait sans qu'on puisse en sortir. Entre ces deux bornes, Brassens travaille un écart constant entre le dire et le faire : on chante « Allons enfants de la patrie » à tue-tête, mais sitôt qu'on approche du front, on est « dans ses petits souliers » ; les marches militaires font « battre les artères », mais le fanfaronnage s'évapore face au combat réel. Ce jeu sur la distance entre l'enthousiasme de façade et la réalité concrète est renforcé par le contraste entre Verdun, nommé sans commentaire, et le « frisson » que donne le canon au cinéma — l'un tue, l'autre divertit. La chute sur les uniformes et les bottes qu'on « enfile très volontiers dans le civil » pousse le raisonnement jusqu'à son point le plus absurde : l'équipement de guerre devient accessoire de mode. L'accumulation de ces écarts finit par dessiner un portrait peu flatteur d'une société qui aime la guerre à condition de ne pas avoir à la faire.
Strophe 1
À voir le succès que se taille
Le moindre récit de bataille,
On pourrait en déduire que
Les braves gens sont belliqueux.
Strophe 2
La guerre,
C'est sûr,
La faire,
C'est dur,
Coquin de sort !
Mais quelle
Bell' fête,
Lorsqu'elle
Est faite,
Et qu'on s'en sort !
Strophe 3
C'est un sacré frisson que donne
Au ciné, le canon qui tonne.
Il était sans nul doute d'un
Autre genre autour de Verdun.
Strophe 4
Bien qu'on n'ait pas la tête épique
Au pays de France, on se pique
D'art martial, on se repaît
De stratégie en temps de paix.
Strophe 5
"Allons enfants de la patrie",
À tue-tête, on le chante et crie.
Qu'on nous dise : "Faut y aller !",
On est dans nos petits souliers.
Strophe 6
C'est beau, les marches militaires,
Ça nous fait battre les artères.
On semble un peu moins fanfaron,
Sitôt qu'on approche du front.
Strophe 7
Les uniformes et les bottes,
Les tuniques et les capotes,
C'est à la mode, on les enfile
Très volontiers dans le civil...
Strophe 8
À voir le succès que se taille
Le moindre récit de bataille
On pourrait en déduire que
Les braves gens sont belliqueux.