La Marche nuptiale

La Marche nuptiale
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Analyse littéraire
Dès le premier vers, Brassens pose une opposition franche entre « mariage d'amour » et « mariage d'argent », non pour en tirer une leçon, mais pour établir le cadre dans lequel la noce de ses parents va trancher : un char à bœufs tiré « par les amis, poussé par les parents », une cérémonie devant Monsieur le Maire, « long temps d'amour, long temps de fiançailles » — tout ici désigne une union qui s'est construite à l'écart des conventions. Le cortège attire les regards d'une foule à l'« œil protubérant », qui n'avait « jamais vu de noces de ce style » : le monde extérieur observe, juge, mais ne comprend pas, et c'est précisément cet écart qui fait la valeur du souvenir. Le vent qui emporte le chapeau du père, la pluie qui « pèse bien ses gouttes » comme pour contrarier la fête, la mariée en larmes berçant son bouquet — autant de détails qui donnent à la scène sa texture concrète et légèrement cocasse, sans jamais l'alourdir d'un sens symbolique que le texte ne réclame pas. C'est dans ce registre que le narrateur trouve sa place : jouant « les grandes orgues » sur son harmonica « de toute ma morgue », il transforme la débandade en cérémonie, avec une autodérision qui est la vraie marque de tendresse. Le cri final — « Par Jupiter, la noce continue » — ne proclame rien d'universel : il dit simplement que cette noce-là, cabossée et joyeuse, a tenu bon, et que c'est suffisant pour mériter d'être racontée.
Strophe 1
Mariage d'amour, mariage d'argent,
J'ai vu se marier toutes sortes de gens :
Des gens de basse source et des grands de la terre,
Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notaires...
Strophe 2
Quand même je vivrais jusqu'à la fin des temps,
Je garderai toujours le souvenir content
Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère
S'allèrent épouser devant Monsieur le Maire.
Strophe 3
C'est dans un char à boeufs, s'il faut parler bien franc,
Tiré par les amis, poussé par les parents,
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après long temps d'amour, long temps de fiançailles.
Strophe 4
Cortège nuptial hors de l'ordre courant,
La foule nous couvait d'un oeil protubérant :
Nous étions contemplés par le monde futile
Qui n'avait jamais vu de noces de ce style.
Strophe 5
Voici le vent qui souffle emportant, crève-coeur !
Le chapeau de mon père et les enfants de choeur...
Voilà la plui' qui tombe en pesant bien ses gouttes,
Comme pour empêcher la noc', coûte que coûte.
Strophe 6
Je n'oublierai jamais la mariée en pleurs
Berçant comme un' poupé' son gros bouquet de fleurs...
Moi, pour la consoler, moi, de toute ma morgue,
Sur mon harmonica, jouant les grandes orgues.
Strophe 7
Tous les garçons d'honneur, montrant le poing aux nues,
Criaient : "Par Jupiter, la noce continue !"
Par les homm's décriée, par les dieux contrariée,
La noce continue et viv' la mariée !
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