La Marguerite
Analyse littéraire
Brassens construit toute la chanson sur un malentendu de sacristie : une marguerite tombe d'un bréviaire, et la rumeur s'emballe aussitôt, transformant cette pâquerette innocente en « trois pétales de scandale ». Le champ lexical religieux est omniprésent — bréviaire, autel, missel, calvaire, Ave — mais il sert moins à dénoncer l'Église qu'à mettre en scène la médisance de ses ouailles, ce « Quel émoi ! Quelle affaire ! » qui enfle pour rien. La fleur, qualifiée tour à tour de « frivole », d'« indiscrète » et de « légère », porte tous les soupçons d'une congrégation prompte à mal interpréter, tandis que l'abbé, lui, n'a fait que ramasser une fleur sur la pierre d'un calvaire et la glisser dans son missel. Les injonctions finales — « Que ces messes basses cessent », « Que personne ne soupçonne plus jamais » — donnent au texte son vrai mouvement : non pas une dénonciation de l'hypocrisie cléricale, mais une défense espiègle et tendre d'un prêtre dont l'innocence résiste à tous les commérages.
Strophe 1
La petite
Marguerite
Est tombée,
Singulière,
Du bréviaire
De l'abbé.
Strophe 2
Trois pétales
De scandale
Sur l'autel,
Indiscrète
Pâquerette,
D'où vient-elle ?
Strophe 3
Dans l'enceinte
Sacro-sainte,
Quel émoi !
Quelle affaire,
Oui, ma chère,
Croyez-moi !
Strophe 4
La frivole
Fleur qui vole,
Arrive en
Contrebande
Des plat's-bandes
Du couvent.
Strophe 5
Notre Père
Qui, j'espère,
Êt's aux cieux,
N'ayez cure
Des murmures
Malicieux,
Strophe 6
La légère
Fleur, peuchère !
Ne vient pas
De nonnettes,
De cornettes
En sabbat.
Strophe 7
Sachez, diantre !
Qu'un jour, entre
Deux Ave,
Sur la pierre
D'un calvaire
Il l'a trouvée,
Strophe 8
Et l'a mise,
Chose admise
Par le ciel,
Sans ambages,
Dans les pages
Du missel.
Strophe 9
Que ces messes
Basses cessent,
Je vous prie.
Non, le prête
N'est pas traître
À Marie.
Strophe 10
Que personne
Ne soupçonne,
Plus jamais,
La petite
Marguerite,
Ah ! ça mais !