La Prière

Francis Jammes
La Prière
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Analyse littéraire
Strophe après strophe, Brassens accumule des images de souffrance brute — le petit garçon qui meurt pendant que d'autres enfants jouent, l'âne qui reçoit des coups de pied, la vierge vendue déshabillée, le cheval tombé sous son chariot — et clôt chaque tableau par le même refrain : « Je vous salue, Marie ». Ce retour régulier à la formule mariale ne fonctionne pas comme une consolation, mais comme une adresse répétée à la figure maternelle par excellence, à qui l'on présente la souffrance du monde sans détour, sans filtre. La mention explicite de Simon de Cyrène et de la Croix inscrit cette douleur dans une tradition où porter le poids des autres est déjà un acte sacré, mais Brassens ne s'y attarde pas : il revient aussitôt au cheval, à la vieille qui trébuche, à l'ivrogne qui frappe. La dernière strophe bascule : la mère apprend que son fils est guéri, l'oiseau rappelle l'oiseau tombé, le mendiant retrouve sa monnaie. Les mêmes figures réapparaissent, mais soulagées, comme si la prière avait traversé la souffrance sans l'effacer et en était ressortie avec quelque chose de modeste et de réel.
Strophe 1
Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre ;
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent:
Je vous salue, Marie
Strophe 2
Par les gosses battus par l'ivrogne qui rentre,
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l'humiliation de l'innocent châtié,
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée,
Par le fils dont la mère a été insultée:
Je vous salue, Marie
Strophe 3
Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,
S'écrie : "mon Dieu ! ", par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne:
Je vous salue, Marie
Strophe 4
Par les quatre horizons qui crucifient le monde,
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins:
Je vous salue, Marie
Strophe 5
Par la mère apprenant que son fils est guéri,
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid,
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée,
Par le baiser perdu par l'amour redonné,
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie :
Je vous salue, Marie
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