La Ronde des jurons
Analyse littéraire
La chanson fonctionne d'abord comme un inventaire sonore : les jurons s'y déroulent « comme des grains de chapelet », image que Brassens lui-même fournit, et qui dit tout de la mécanique du texte — une litanie joyeuse, presque dévote dans sa forme, consacrée à des mots que la dévotion réprouve. L'accumulation de « morbleu », « sacrebleu », « cornegidouille », « saperlipopette » et leurs semblables ne vise pas à choquer mais à célébrer, à faire résonner ensemble ces formules dont la saveur tient autant au ridicule qu'à l'ancienneté. Le tournant vient au second couplet, avec ce « quelle pitié ! » adressé aux charretiers et aux harengères qui « ont un langage châtié » : le mot « châtié » est ici délicieusement retourné, car ce qui passe pour une qualité stylistique devient sous la plume de Brassens le signe d'un appauvrissement. Le « vieux catéchisme poissard » qui « n'a guère plus cours chez les hussards » achève le tableau : ces gardiens traditionnels du juron ont capitulé, et c'est leur reddition que la chanson pleure, avec une légèreté qui n'exclut pas une vraie tendresse pour ce langage disparu.
Strophe 1
Voici la ron-
De des jurons
Qui chantaient clair, qui dansaient rond,
Quand les Gaulois
De bon aloi
Du franc-parler suivaient la loi,
Jurant par-là, jurant par-ci,
Jurant à langue raccourcie,
Comme des grains de chapelet
Les joyeux jurons défilaient :
Strophe 2
Tous les morbleu,
Tous les ventrebleu,
Les sacrebleu et les cornegidouille,
Ainsi, parbleu,
Que les jarnibleu
Et les palsambleu,
Tous les cristi,
Les ventre saint-gris,
Les par ma barbe et les nom d'une pipe,
Ainsi, pardi,
Que les sapristi
Et les sacristi,
Sans oublier les jarnicoton,
Les scrogneugneu et les bigre et les bougre,
Les saperlott', les cré nom de nom,
Les peste, et pouah, diantre, fichtre et foutre,
Tous les Bon Dieu,
Tous les vertudieu,
Tonnerr' de Brest et saperlipopette,
Ainsi, pardieu,
Que les jarnidieu
Et les pasquedieu.
Strophe 3
Quelle pitié!
Les charretiers
Ont un langage châtié!
Les harengères
Et les mégères
Ne parlent plus à la légère!
Le vieux catéchisme poissard
N'a guèr' plus cours chez les hussards...
Ils ont vécu, de profundis,
Les joyeux jurons de jadis :
Strophe 4
Tous les morbleu,
Tous les ventrebleu,
Les sacrebleu et les cornegidouille,
Ainsi, parbleu,
Que les jarnibleu
Et les palsambleu,
Tous les cristi,
Les ventre saint-gris,
Les par ma barbe et les nom d'une pipe,
Ainsi, pardi,
Que les sapristi
Et les sacristi,
Sans oublier les jarnicoton,
Les scrogneugneu et les bigre et les bougre,
Les saperlott', les cré nom de nom,
Les peste, et pouah, diantre, fichtre et foutre,
Tous les Bon Dieu,
Tous les vertudieu,
Tonnerr' de Brest et saperlipopette,
Ainsi, pardieu,
Que les jarnidieu
Et les pasquedieu