Analyse littéraire
L'amour circule ici comme un passant ordinaire, croisé « un soir dans la rue n'importe où », mais la formule « dieu si malin » lui prête une ruse qui dépasse l'anecdote : c'est lui qui échappe, pas seulement nous qui ratons. Ce renversement donne au refrain son ton particulier, ni sermon ni lamentation, mais quelque chose comme un avertissement affectueux adressé à « vous qui passez l'âme en peine ». La peur d'un « affront » désignée au couplet comme raison de rester « solitaire » ancre la chanson dans quelque chose de précis et de reconnaissable, loin de toute abstraction philosophique. Brassens ne juge pas, il conseille, et l'impératif « sachez le comprendre et le gardez toujours » sonne moins comme une leçon que comme une invitation qu'on pourrait encore accepter la prochaine fois.
Strophe 1
L'amour est passé près de vous
Un soir dans la rue n'importe où
Mais vous n'avez pas su le voir en chemin
L'amour est un dieu si malin
Prenez bien garde une autre fois
Ne soyez pas si maladroits
Sachez le comprendre et le gardez toujours
Si vous voyez passer l'amour.
Vous qui passez l'âme en peine
Si vous soupirez tout bas
C'est que la vie paraît vaine
Quand l'amour n'y rentre pas
Je connais votre mystère
Vous avez peur d'un affront
Et vous restez solitaire
Mais pourtant sachez le donc
L'amour est passé près de vous
Un soir dans la rue n'importe où
Mais vous n'avez pas su le voir en chemin
L'amour est un dieu si malin
Prenez bien garde une autre fois
Ne soyez pas si maladroits
Sachez le comprendre et le gardez toujours
Si vous voyez passer l'amour.