L'arc-en-ciel d'un quart d'heure

Analyse littéraire
L'arc-en-ciel, présenté dès le premier vers comme ce qui « nous étonne » avant de « faire monotone », pose d'emblée la logique de toute la chanson : ce n'est pas la brièveté qui tue l'admiration, c'est la prolongation. Brassens tire de ce paradoxe météorologique un principe qu'il applique ensuite à trois figures très concrètes — le chef providentiel non réélu « passé péril en la demeure », l'amante qui promettait de se brûler vive et trouve plus à son goût l'ordonnateur des pompes funèbres, le cabotin applaqudi « à tout rompre durant trois lustres » dont « nul à présent ne sait qui c'est ». Le refrain ne commente pas ces cas, il les conclut avec la même sécheresse : « personne ne l'admire plus », « est superflu » — deux formules qui sonnent moins comme un jugement moral que comme un constat amusé et légèrement cruel. Brassens ne plaint personne : ni le politique, ni la femme volage, ni l'acteur oublié ne sont présentés comme des victimes, mais comme des illustrations d'un adage qu'il cite lui-même sans le moindre voile — « la meilleure chose en traînant se dévalue ». La chanson n'instruit pas, elle observe, avec la précision goguenarde de quelqu'un qui trouve la chose à la fois évidente et légèrement drôle.
Strophe 1
Cet arc-en-ciel qui nous étonne,
Quand il se lève après la pluie,
S'il insiste, il fait monotone
Et l'on se détourne de lui.
L'adage a raison : la meilleure
Chose en traînant se dévalue.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Personne ne l'admire plus.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Est superflu.
Strophe 2
Celui que l'aura populaire
Avait mis au gouvernail quand
Il fallait sauver la galère
En détresse dans l'ouragan,
Passé péril en la demeure,
Ne fut même pas réélu.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Personne ne l'admire plus.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Est superflu.
Strophe 3
Cette adorable créature
Me répétait : "Je t'aime tant
Qu'à ta mort, sur ta sépulture,
Je me brûle vive à l'instant !"
À mon décès, l'ordonnateur
Des pompes funèbres lui plut.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Personne ne l'admire plus.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Est superflu.
Strophe 4
Ce cabotin naguère illustre,
Et que la foule applaudissait
À tout rompre durant trois lustres,
Nul à présent ne sait qui c'est ;
Aucune lueur ne demeure
De son étoile révolue.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Personne ne l'admire plus.
L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure
Est superflu.
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