Analyse littéraire
Les deux premières strophes s'organisent sur le même mouvement : une accumulation de noms de fleurs et de couleurs – fraises, liserons, pâquerettes, velours brun des pensées, oranger blanc des fiancées, or du soleil – qui semblent se disputer l'attention, avant que le refrain ne les balaie d'un coup pour ramener au seul « bleu des bleuets ». Ce retour obstiné, répété à l'identique, ne fonctionne pas comme une conclusion mais comme une résistance : tout ce qui précède est admis, apprécié même, et pourtant reconduit vers la même préférence. Brassens ne hiérarchise pas les fleurs entre elles – il leur concède leurs qualités, le velours, la lourdeur, la délicatesse du « lis fluet » – mais cette générosité descriptive rend le choix final d'autant plus têtu, presque enfantin dans sa simplicité. La troisième strophe, plus elliptique, glisse vers une scène champêtre où « les blés blonds » introduisent une nouvelle teinte dorée, mais la « grâce endormie » de la mie suggère moins une leçon de sagesse qu'une douceur concrète, celle d'une promenade et d'une couleur aimée sans raison démontrable. C'est précisément cette absence d'argument qui donne au texte son ton juste : le bleu des bleuets s'impose non pas parce qu'il symbolise quoi que ce soit, mais parce qu'il est préféré, et que cela suffit.
Strophe 1
Dans leurs fraises leurs collerettes
Liserons et pâquerettes,
J'aim' le myrtes et le muguet,
Les lilas et la primevère,
Mais la couleur que je préfère
C'est le bleu, le bleu des bleuets,
C'est le bleu, le bleu des bleuets.
Strophe 2
Oh le velours brun des pensées,
L'oranger blanc des fiancées,
Les lourds glaïeuls, le lis fluet,
L'or du soleil morne et sévère,
Mais la couleur que je préfère
C'est le bleu, le bleu des bleuets,
C'est le bleu, le bleu des bleuets.
Strophe 3
Dans les blés blonds courons ma mie;
Avec une grâce endormie