Le chapeau de Mireille

Analyse littéraire
Le refrain repose sur une même mécanique répétée cinq fois : éliminer successivement le zéphyr, l'aquilon et l'autan pour mieux couronner le mistral, « le plus fol et le plus magistral de la bande à Éole ». Ce procédé d'exclusion progressive ménage un suspense plaisant et donne au mistral une stature comique de personnage central, presque un complice. La chanson avance par paliers narratifs clairs — le chapeau volé, la jupe soulevée, le baiser contrarié, l'enlacement dans le fossé, les larmes séchées — et chaque couplet se clôt sur une chute où le narrateur rend grâce au vent par un cadeau concret : une voile de plus, trois girouettes, des bœufs à décorner. C'est dans ces chutes que réside l'essentiel du ton brassensien : le narrateur ne subit pas le mistral, il négocie avec lui, dans une logique de troc bon enfant qui maintient la légèreté jusqu'à la perte de Mireille. Le mot « fol », appliqué au vent, déborde légèrement sur l'atmosphère générale : il y a quelque chose d'un peu fou, d'un peu imprévisible, dans cette histoire d'amour méditerranéenne où le vent fait office de destin — mais un destin avec lequel on peut toujours s'arranger.
Strophe 1
Le chapeau de Mireille,
Quand en plein vol je l'ai rattrapé,
Entre Sète et Marseille,
Quel est l' bon vent qui l'avait chipé ?
Le chapeau de Mireille,
Quand en plein vol je l'ai rattrapé,
Entre Sète et Marseille,
Quel joli vent l'avait chipé ?
C'est pas le zéphyr,
N'aurait pu suffire,
C'est pas lui non plus
L'aquilon joufflu,
C'est pas pour autant
L'autan.
Non, mais c'est le plus fol
Et le plus magistral
De la bande à Éole,
En un mot : le mistral.
Il me la fit connaître, aussi, dorénavant,
Je ne mouds plus mon blé qu'à des moulins à vent.
Strophe 2
Quand la jupe à Mireille
Haut se troussa, haut se retroussa,
Découvrant des merveilles :
Quel est l' bon vent qui s'est permis ça ?
Quand la jupe à Mireille
Haut se troussa, haut se retroussa,
Découvrant des merveilles :
Quel joli vent s'est permis ça ?
C'est pas le zéphyr,
N'aurait pu suffire,
C'est pas lui non plus,
L'aquilon joufflu,
C'est pas pour autant
L'autan.
Non, mais c'est le plus fol
Et le plus magistral
De la bande à Éole,
En un mot : le mistral.
Il me montra sa jambe, aussi, reconnaissant,
Je lui laisse emporter mes tuiles en passant.
Strophe 3
Quand j'embrassai Mireille,
Qu'elle se cabra, qu'elle me rembarra,
Me tira les oreilles,
Quel est l' bon vent qui retint son bras ?
Quand j'embrassai Mireille,
Qu'elle se cabra, qu'elle me rembarra,
Me tira les oreilles,
Quel joli vent retint son bras ?
C'est pas le zéphyr,
N'aurait pu suffire,
C'est pas lui non plus
L'aquilon joufflu,
C'est pas pour autant
L'autan.
Non, mais c'est le plus fol
Et le plus magistral
De la bande à Éole,
En un mot : le mistral.
Il m'épargna la gifle, aussi, dessus mon toit
Y' avait un' seul' girouette ; y' en a maintenant trois.
Strophe 4
Et quand avec Mireille
Dans le fossé on s'est enlacés,
À l'ombre d'une treille,
Quel est l' bon vent qui nous a poussés ?
Et quand avec Mireille
Dans le fossé on s'est enlacés,
À l'ombre d'une treille,
Quel joli vent nous a poussés ?
C'est pas le zéphyr,
N'aurait pu suffire,
C'est pas lui non plus
L'aquilon joufflu,
C'est pas pour autant
L'autan.
Non, mais c'est le plus fol
Et le plus magistral de la bande à Éole,
En un mot : le mistral.
Il me coucha sur elle, en échange aussitôt
Je mis un' voil' de plus à mon petit bateau.
Strophe 5
Quand j'ai perdu Mireille,
Que j'épanchai, le cœur affligé,
Des larmes sans pareilles,
Quel est l' bon vent qui les a séchées ?
Quand j'ai perdu Mireille,
Que j'épanchai, le cœur affligé,
Des larmes sans pareilles,
Quel joli vent les a séchées ?
C'est pas le zéphyr,
N'aurait pu suffire,
C'est pas lui non plus
L'aquilon joufflu,
C'est pas pour autant
L'autan,
Non, mais c'est le plus fol
Et le plus magistral
De la bande à Éole,
En un mot : le mistral.
Il balaya ma peine aussi, sans lésiner
Je lui donne toujours mes bœufs à décorner.
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