Le Cocu

Le Cocu
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Analyse littéraire
Brassens construit sa chanson autour d'une plainte qui n'en est pas vraiment une : le narrateur ne réclame pas la fidélité de sa femme, mais la simple politesse de ses rivaux. C'est là le vrai ressort comique du texte — « Qu'on me demande au moins si j'ai fait bonne pêche », « un minimum d'attentions délicates » — le mari trompé se soucie moins de l'infidélité que du manque de savoir-vivre des intrus. Le jeu sur la « corne » traverse les strophes avec une cohérence malicieuse : « écorne », « cadet de ses soucis », « où donner de la corne », autant de variations qui maintiennent le cocu dans un rôle secondaire, presque folklorique, sans jamais lui laisser le beau rôle. La chute de la huitième strophe — « Cocu tant qu'on voudra, mais pas amphitryon » — résume parfaitement cette logique : ce que le mari refuse, ce n'est pas d'être trompé, c'est d'être en plus mis à contribution pour nourrir ses remplaçants. Et la dernière strophe achève le portrait avec une économie savoureuse : le narrateur se dit « bien content » que les mufles n'emportent pas ses poissons, ni ne sifflotent la chanson du chef de gare — son meilleur ami — preuve que les dégâts qu'il redoute ne sont pas ceux qu'on attendrait.
Strophe 1
Comme elle n'aime pas beaucoup la solitude,
Cependant que je pêche et que je m'ennoblis,
Ma femme sacrifie à sa vieille habitude
De faire à tout venant les honneurs de mon lit
De faire à tout venant les honneurs de mon lit.
Strophe 2
Eh ! oui, je suis cocu, j'ai du cerf sur la tête,
On fait force de trous dans ma lune de miel,
Ma bien-aimée ne m'invite plus à la fête
Quand ell' va faire un tour jusqu'au septième ciel
Quand ell' va faire un tour jusqu'au septième ciel.
Strophe 3
Au péril de mon cœur, la malheureuse écorne
Le pacte conjugal et me le déprécie,
Que je ne sache plus où donner de la corne
Semble bien être le cadet de ses soucis
Semble bien être le cadet de ses soucis.
Strophe 4
Les galants de tout poil viennent boire en mon verre,
Je suis la providence des écornifleurs,
On cueille dans mon dos la tendre primevère
Qui tenait le dessus de mon panier de fleurs
Qui tenait le dessus de mon panier de fleurs.
Strophe 5
En revenant fourbu de la pêche à la ligne,
Je les surprends tout nus dans leurs débordements.
Conseillez-leur le port de la feuille de vigne,
Ils s'y refuseront avec entêtement
Ils s'y refuseront avec entêtement.
Strophe 6
Souiller mon lit nuptial, est-c'que ça les empêche
De garder les dehors de la civilité ?
Qu'on me demande au moins si j'ai fait bonne pêche,
Qu'on daigne s'enquérir enfin de ma santé
Qu'on daigne s'enquérir enfin de ma santé !
Strophe 7
De grâce, un minimum d'attentions délicates
Pour ce pauvre mari qu'on couvre de safran !
Le cocu, d'ordinaire, on le choie, on le gâte,
On est en fin de compte un peu de ses parents
On est en fin de compte un peu de ses parents.
Strophe 8
À l'heure du repas, mes rivaux détestables
Ont encor' ce toupet de lorgner ma portion !
Ça leur ferait pas peur de s'asseoir à ma table.
Cocu tant qu'on voudra, mais pas amphitryon
Cocu tant qu'on voudra, mais pas amphitryon.
Strophe 9
Partager sa moitié, est-c'que cela comporte
Que l'on partage aussi la chère et la boisson ?
Je suis presque obligé de les mettre à la porte,
Et bien content s'ils n'emportent pas mes poissons
Et bien content s'ils n'emportent pas mes poissons.
Strophe 10
Bien content qu'en partant ces mufles ne s'égarent
Pas à mettre le comble à leur ignominie
En sifflotant "Il est cocu, le chef de gare... "
Parc' que, le chef de gar', c'est mon meilleur ami
Parc' que, le chef de gar', c'est mon meilleur ami.
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