Le Mauvais Sujet repenti

Le Mauvais Sujet repenti
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Analyse littéraire
Le narrateur s'installe d'emblée en expert bienveillant : il repère la « débutante » à son manque de technique, lui enseigne « les p'tites ficelles » du métier, et perçoit en lui-même cette condescendance comme de la pitié. C'est là le ressort comique central du texte — un souteneur se raconte en pédagogue désintéressé, et la chanson laisse filer cette imposture sans jamais la dénoncer explicitement. La division du travail qu'il formule, « elle était le corps, naturellement, puis moi la tête », dit en une ligne tout ce qu'il faut savoir sur l'arrangement, et le mot « naturellement » fait tout le travail : il banalise ce qui devrait choquer. La chute est à l'avenant : c'est la maladie, et non la conscience, qui le rend « honnête », et c'est l'abandon de la femme aux « infamies du bordel » qui lui arrache une plainte indignée sur la moralité publique. Brassens referme le texte sur cette pirouette — le salaud auto-proclamé qui se découvre moraliste — et c'est précisément dans cet écart entre le discours du narrateur et ce qu'il révèle malgré lui que réside tout l'humour grinçant de la chanson.
Strophe 1
Elle avait la taill' faite au tour,
Les hanches pleines,
Et chassait l' mâle aux alentours
De la Mad'leine...
À sa façon d' me dir' : "Mon rat,
Est-c' que j' te tente ?"
Je vis que j'avais affaire à
Un' débutante...
Strophe 2
L' avait l' don, c'est vrai, j'en conviens,
L'avait l' génie,
Mais sans technique, un don n'est rien
Qu'un' sal' manie...
Certes, on ne se fait pas putain
Comme on s' fait nonne,
C'est du moins c' qu'on prêche, en latin,
À la Sorbonne...
Strophe 3
Me sentant rempli de pitié
Pour la donzelle,
J' lui enseignai, de son métier,
Les p'tit's ficelles...
J' lui enseignai l' moyen d' bientôt
Faire fortune,
En bougeant l'endroit où le dos
R'ssemble à la lune...
Strophe 4
Car, dans l'art de fair' le trottoir,
Je le confesse,
Le difficile est d' bien savoir
Jouer des fesses...
On n' tortill' pas son popotin
D' la mêm' manière,
Pour un droguiste, un sacristain,
Un fonctionnaire...
Strophe 5
Rapidement instruite par
Mes bons offices,
Elle m'investit d'une part
D' ses bénéfices...
On s'aida mutuellement,
Comm' dit l' poète,
Ell' était l' corps, naturell'ment,
Puis moi la tête...
Strophe 6
Un soir, à la suite de
Manoeuvres douteuses,
Ell' tomba victim' d'une
Maladie honteuse...
Lors, en tout bien, toute amitié,
En fille probe,
Elle me passa la moitié
De ses microbes...
Strophe 7
Après des injections aiguës
D'antiseptique,
J'abandonnai l' métier d' cocu
Systématique...
Elle eut beau pousser des sanglots,
Braire à tue-tête,
Comme je n'étais qu'un salaud,
J' me fis honnête...
Strophe 8
Sitôt privé' de ma tutelle,
Ma pauvre amie
Courut essuyer du bordel
Les infamies...
Paraît qu'ell' s' vend même à des flics,
Quell' décadence !
Y'a plus d' moralité publiqu'
Dans notre France...
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