Le Père Noël et la Petite Fille
Analyse littéraire
Le Père Noël de Brassens arrive chargé de cadeaux, mais quelque chose cloche dès le premier couplet : ce bonhomme vient d'« Eldorado » et s'appelle « Papa Gâteau », deux désignations qui signalent un personnage plus ambigu que généreux. Le verbe « mettre » structure chaque strophe avec une régularité remarquable — du pain sur la planche, du grain dans la grange, l'hermine à la manche, de l'or à la branche — comme si la générosité se mesurait à l'inventaire, du quotidien au fastueux. Cette accumulation de biens matériels dessine le portrait d'une fille pauvre, « qui n'avait rien sur le dos », progressivement couverte, parée, ornementée, transformée de l'extérieur sans que rien ne soit dit de l'intérieur. Ce qui donne son vrai sens à la chanson, c'est la formule finale « il a mis les mains sur tes hanches » : réservée jusqu'alors au seul bienfaiteur, elle devient au dernier couplet « on a mis les mains sur tes hanches », glissement discret mais net qui révèle que derrière les cadeaux, il y avait une transaction. Brassens ne dit jamais rien de plus que le texte ne montre : il laisse la mécanique des dons parler d'elle-même, et c'est précisément cette retenue qui rend le dernier vers si efficace.
Strophe 1
Avec sa hotte sur le dos,
Avec sa hotte sur le dos,
Il s'en venait d'Eldorado,
Il s'en venait d'Eldorado,
Il avait une barbe blanche,
Il avait nom « Papa Gâteau »,
Il a mis du pain sur ta planche,
Il a mis les mains sur tes hanches.
Strophe 2
Il t'a prom'née dans un landau,
Il t'a prom'née dans un landau,
En route pour la vie d' château,
En route pour la vie d' château,
La belle vie dorée sur tranche,
Il te l'offrit sur un plateau.
Il a mis du grain dans ta grange,
Il a mis les mains sur tes hanches.
Strophe 3
Toi qui n'avais rien sur le dos,
Toi qui n'avais rien sur le dos,
Il t'a couverte de manteaux,
Il t'a couverte de manteaux,
Il t'a vêtue comme un dimanche,
Tu n'auras pas froid de sitôt.
Il a mis l'hermine à ta manche,
Il a mis les mains sur tes hanches.
Strophe 4
Tous les camées, tous les émaux,
Tous les camées, tous les émaux,
Il les fit pendre à tes rameaux,
Il les fit pendre à tes rameaux,
Il fit rouler en avalanches
Perl' et rubis dans tes sabots.
Il a mis de l'or à ta branche,
Il a mis les mains sur tes hanches.
Strophe 5
Tire la bell', tir' le rideau,
Tire la bell', tir' le rideau
Sur tes misères de tantôt,
Sur tes misères de tantôt,
Et qu'au-dehors il pleuve, il vente,
Le mauvais temps n'est plus ton lot,
Le joli temps des coudées franches...
On a mis les mains sur tes hanches.