Le Petit Cheval

Paul Fort
Le Petit Cheval
0:00 0:00
Analyse littéraire
Le petit cheval blanc avance toujours « devant » tandis que les gars du village restent « tous derrière » : cette disposition, répétée à chaque couplet comme un fait établi, installe moins un symbole qu'une vérité concrète sur le partage du travail et de l'effort. Le paysage ne lui offre aucune compensation — « jamais de beau temps », « jamais de printemps », ni devant ni derrière — et pourtant le cheval est « content », mot simple que Brassens pose deux fois avec une légèreté qui rend le personnage touchant sans l'héroïser. Ce contentement sans raison apparente, dans un décor que la « pluie noire des champs » rend définitivement hostile, est peut-être ce que la chanson a de plus juste à dire : le cheval n'attend rien, il avance. La mort, frappée « par un éclair blanc » dans ce monde sans lumière, referme le texte sur une ironie cruelle mais sobre — le seul éclat de blancheur que connaîtra le cheval, c'est celui qui le tue —, et le dernier vers, « sans voir le printemps, ni derrière ni devant », reprend exactement les mots du début pour signifier que rien n'a changé, que rien ne changera.
Strophe 1
Le p'tit ch'val dans le mauvais temps
Qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc
Tous derrière, tous derrière
C'était un petit cheval blanc
Tous derrière et lui devant !
Strophe 2
Il n'y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage !
Il n'y avait jamais de printemps
Ni derrière, ni derrière,
Il n'y avait jamais de printemps
Ni derrière ni devant !
Strophe 3
Mais toujours il était content
Menant les gars du village
A travers la pluie noire des champs
Tous derrière, tous derrière
A travers la pluie noire des champs
Tous derrière et lui devant !
Strophe 4
Sa voiture allait poursuivant
Sa bell' petit' queue sauvage
C'est alors qu'il était content
Tous derrière, tous derrière
C'est alors qu'il était content
Tous derrière et lui devant !
Strophe 5
Mais un jour dans le mauvais temps,
Un jour qu'il était si sage
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière, tous derrière
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière et lui devant !
Strophe 6
Il est mort sans voir le beau temps
Qu'il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière, ni derrière
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière, ni devant !
← Retour