Le pince-fesses

Analyse littéraire
Le refrain — « Les fesses, ça me plaît, je n'crains pas de le dire » — fonctionne comme une déclaration d'innocence répétée à contretemps, puisque chaque couplet qui précède raconte une nouvelle incartade que le narrateur s'empresse aussitôt de ne pas assumer. Ce jeu entre l'aveu et la dénégation est le ressort comique de la chanson : Brassens accumule les situations de plus en plus équivoques — la bonne sœur et son démon, la marchande d'hosties brossée par courtoisie, la kermesse et ses herbes piquantes — tout en maintenant, la main sur le cœur, qu'il ne pince jamais. La présence répétée de figures religieuses n'est pas un détournement symbolique du sacré, mais simplement ce qui rend les scènes plus drôles : une bonne sœur qui demande qu'on lui pince la croupe est comique précisément parce qu'elle est bonne sœur. La chute finale, où le narrateur demande qu'on révoque « en doute » les accusations d'une proche aux bleus suspects, boucle la chanson sur le même ton de protestation indignée — et parfaitement intenable.
Strophe 1
Pour deux ou trois chansons, lesquell's je le confesse
Sont discutables sous le rapport du bon goût,
J'ai la réputation d'un sacré pince-fesses
Mais c'est une légende, et j'en souffre beaucoup.
Strophe 2
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 3
En me voyant venir, femmes, filles, fillettes,
Au fur et à mesure avec des cris aigus,
Courent mettre en lieu sûr leurs fesses trop douillettes,
Suivies des jeunes gens aux rondeurs ambiguës.
Strophe 4
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 5
Quand une bonne soeur m'invite entre deux messes
À lui pincer la croupe infidèle à Jésus,
Pour chasser le démon qui habite ses fesses,
Je lui vide un grand verre d'eau bénite dessus.
Strophe 6
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 7
En revanche, si la même enlevant son cilice
Et me montrant ses reins me dit : "J'ai mal ici :
Embrassez-moi, de grâce arrêtez mon supplice !"
Je m'exécute en parfait chrétien que je suis.
Strophe 8
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 9
Quand me courant après, la marchande d'hosties
Me prie d'épousseter les traces que les doigts
Des mitrons ont laissées sur sa chair rebondie,
Je la brosse : un Français se doit d'être courtois !
Strophe 10
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 11
Et quand, à la kermesse, un' belle pratiquante
M'appelle à son secours pour s'être enfoncé dans
Sa fesse maladroite une herbe un peu piquante,
Je ne ménage ni mes lèvres ni mes dents.
Strophe 12
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 13
Cert's, un jour, j'ai pincé l'éminence charnue
À une moribonde afin de savoir si
Elle vivait encore : une gifle est venue
Me prouver qu'elle n'était qu'en catalepsie.
Strophe 14
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
Strophe 15
Enfin, si désormais quelqu'une de vos proches
Affirme en vous montrant son cul couvert de bleus,
Qu' c'est moi qui les ai faits, avec mes pattes croches,
En doute révoquez ses propos scandaleux.
Strophe 16
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais.
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