Le Temps passé

Le Temps passé
0:00 0:00
Analyse littéraire
Brassens construit toute la chanson sur un écart savamment entretenu entre ce que le refrain affirme et ce que les couplets montrent. « Il est toujours joli, le temps passé » résonne comme une vérité populaire, presque un proverbe, mais les trois strophes s'emploient à la démonter une par une : la jeunesse était « un temps de chien », l'amour était « d'un sou » et « n'allait guère plus loin que le bout d'son lit », le mort qu'on accompagne au cimetière était « une canaille plus consommée ». La chute du refrain, « les morts sont tous de braves types », fonctionne comme une sentence ironique qui retourne le paradoxe : ce n'est pas le passé qui était beau, c'est la mort qui embellit tout le monde, y compris les pires. Bécassine et l'apothicaire ne sont pas des symboles chargés de sens caché, mais des touches de familiarité qui ancrent la chanson dans un registre volontairement populaire et légèrement moqueur. Ce que Brassens fait ici, c'est moins une méditation sur le temps qu'une lucidité goguenarde sur notre tendance collective à attendrir les souvenirs à mesure qu'ils s'éloignent.
Strophe 1
Dans les comptes d'apothicaire,
Vingt ans, c'est un' somm' de bonheur.
Mes vingt ans sont morts à la guerre,
De l'autr' côté du champ d'honneur.
Si j' connus un temps de chien, certes,
C'est bien le temps de mes vingt ans !
Cependant, je pleure sa perte,
Il est mort, c'était le bon temps !
Strophe 2
Il est toujours joli, le temps passé.
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés :
Les morts sont tous de braves types.
Strophe 3
Dans ta petit' mémoire de lièvre,
Bécassine, il t'est souvenu
De notre amour du coin des lèvres,
Amour nul et non avenu,
Amour d'un sou qui n'allait, certes,
Guèr' plus loin que le bout d' son lit.
Cependant, nous pleurons sa perte,
Il est mort, il est embelli !
Strophe 4
Il est toujours joli, le temps passé.
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés :
Les morts sont tous de braves types.
Strophe 5
J'ai mis ma tenue la plus sombre
Et mon masque d'enterrement,
Pour conduire au royaum' des ombres
Un paquet de vieux ossements.
La terr' n'a jamais produit, certes,
De canaille plus consommée,
Cependant, nous pleurons sa perte,
Elle est morte, elle est embaumée !
Strophe 6
Il est toujours joli, le temps passé.
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés :
Les morts sont tous de braves types.
← Retour