Le Vieux Château

Jean Nohain / Mireille
Analyse littéraire
L'oncle Rodolphe a cent deux ans, un âge suffisamment extravagant pour que le narrateur ait eu le temps de « guetter » l'héritage — et c'est ce mot, guetter, qui donne le ton : moins un deuil qu'une longue chasse au trésor ratée. La revanche de l'oncle est d'autant plus cinglante qu'elle prend la forme d'une générosité ostentatoire envers les « œuvres de charité », laissant au neveu un château qui tient davantage du piège que du cadeau. Le refrain accumule alors les déconvenues avec une jubilation méthodique : les fantômes à chaque étage, les souris sous les lits, puis la correction immédiate — « Non, c'est par qu'il y a des rats » — qui transforme chaque promesse d'horreur pittoresque en horreur plus prosaïque encore. Ce mouvement du pire vers le pire encore est le vrai ressort comique du texte, et les « corbeaux » qui encerclent le château dans la chute finale y ajoutent une touche de sinistre bon enfant, comme si Brassens s'amusait à pousser le décor gothique jusqu'à son point de ridicule.
Strophe 1
Mon oncle Rodolphe avait cent deux ans
Il est mort dimanche
Et le vieux chameau dans son testament
A pris sa revanche
Tout l'argent que je guettais
Aux œuvres de charité
Moi, je dois me contenter
Du château qu'il habitait
Je l'ai visité
C'est un vieux château du Moyen Âge
Avec un fantôme à chaque étage
Dans toutes les chambres d'ami
Y a des souris sous les lits
Non
Si vous n'en voyez pas
C'est par qu'il y a des rats
Des rats gros comme ça
C'est un vieux château du Moyen Âge
Avec un fantôme à chaque étage
C'est un vieux château, teau-teau
Cerné de corbeaux, beau-beau
← Retour