Le Vieux Léon

Le Vieux Léon
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Analyse littéraire
Brassens joue ici sur un écart simple mais efficace : Léon, joueur d'accordéon, n'aura jamais le Panthéon, mais ses copains l'ont suivi « le cœur serré en rigolant pour faire semblant de ne pas pleurer », et dans leurs cœurs « il fait beaucoup moins froid qu'au Panthéon ». Ce n'est pas une thèse, c'est une affection concrète, exprimée dans la langue du bistrot et du bal populaire, avec ses bastringues, ses javas et son petit bleu servi aux vignes du Seigneur. Le paradis imaginé pour Léon est à son image : une salle de danse où Jéhovah tolère la java et où les dames d'antan se laissent embrasser — un au-delà de guinguette plutôt que de gloire. La tendresse du texte tient précisément à ce refus de l'élévation : Brassens ne fait pas de Léon un symbole, il lui garde son biniou, son champ de navets et ses copains de la rue de Vanves, « tous restés du parti des myosotis ».
Strophe 1
Y'a tout à l'heur'
Quinze ans d' malheur
Mon vieux Léon
Que tu es parti
Au paradis
D' l'accordéon,
Strophe 2
Parti bon train
Voir si l' bastrin-
Gue et la java
Avaient gardé
Droit de cité
Chez Jéhovah.
Strophe 3
Quinze ans bientôt
Qu' musique au dos
Tu t'en allais
Mener le bal
À l'amical'
Des feux follets,
Strophe 4
En cet asile
Par Saint' Cécile
Pardonne-nous
De n'avoir pas
Su faire cas
De ton biniou.
Strophe 5
C'est une erreur
Mais les joueurs
D'accordéon
Au grand jamais
On ne les met
Au Panthéon,
Strophe 6
Mon vieux tu as dû
T' contenter du
Champ de navets,
Sans grandes pom-
Pes, et sans pompons
Et sans Ave.
Strophe 7
Mais les copains
Suivaient l' sapin
Le cœur serré
En rigolant
Pour fair' semblant
De n' pas pleurer,
Strophe 8
Et dans nos cœurs
Pauvre joueur
D'accordéon
Il fait ma foi
Beaucoup moins froid
Qu'au Panthéon.
Strophe 9
Depuis mon vieux
Qu'au fond des cieux
Tu as fait ton trou
Il a coulé
De l'eau sous les
Ponts de chez nous,
Strophe 10
Les bons enfants
D' la ru' de Van-
Ve' à la Gaîté
L'un comme l'au-
Tre au gré des flots
Fur'nt emportés.
Strophe 11
Mais aucun d'eux
N'a fait fi de
Son temps jadis
Tous sont restés
Du parti des
Myosotis,
Strophe 12
Tous ces Pierrots
Ont le cœur gros
Mon vieux Léon
En entendant
Le moindre chant
D'accordéon.
Strophe 13
Quel temps fait-il
Chez les gentils
De l'au-delà ?
Les musiciens
Ont-ils enfin
Trouvé le la ?
Strophe 14
Et le p'tit bleu
Est-c' que ça n' le
Rend pas meilleur
D'être servi
Au sein des vi-
Gnes du Seigneur ?
Strophe 15
Si d' temps en temps
Un' dam' d'antan
S' laisse embrasser
Sûr'ment papa
Que tu r'grett's pas
D'être passé,
Strophe 16
Et si l' Bon Dieu
Aim' tant soit peu
L'accordéon
Au firmament
Tu t' plais sûr'ment
Mon vieux Léon !
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