Le Vin

Le Vin
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Analyse littéraire
Brassens construit son rapport au vin comme une affaire de naissance et de lignée : il n'a pas été « trouvé dans un chou » mais au pied d'une souche, et c'est « la chaude liqueur de la treille » qui lui coule dans le cœur en guise de sang. Cette généalogie burlesque pose d'emblée le ton : le vin n'est pas une passion acquise mais une identité héritée, revendiquée avec une fierté parodique. La référence à Tantale, condamné à voir l'eau fuir ses lèvres, est retournée avec malice : souffrir de soif d'eau, « c'est triste », mais être assoiffé de vin « c'est encore vingt fois pire » — la mythologie grecque sert ici de caution comique à une hiérarchie des manques parfaitement sérieuse pour le chanteur. Le souhait final — que la Seine coule en vin et que « les gens par milliers » y noient leur peine — reste dans ce même registre de fantaisie collective, sans que Brassens y charge son verre d'autre chose que d'une bonne humeur généreuse.
Strophe 1
Avant de chanter
Ma vi', de fair' des
Harangues,
Dans ma gueul' de bois
J'ai tourné sept fois
Ma langue...
J'suis issu de gens
Qui étaient pas du gen-
-re sobre...
On conte que j'eus
La tétée au jus
D'octobre...
Strophe 2
Mes parents ont dû
M' trouver au pied d'u-
-ne souche,
Et non dans un chou,
Comm' ces gens plus ou
Moins louches...
En guise de sang,
(ô noblesse sans
Pareille !)
Il coule en mon coeur
La chaude liqueur
D' la treille...
Strophe 3
Quand on est un sa-
Ge et qu'on a du sa-
-voir-boire,
On se garde à vue,
En cas de soif, u-
-ne poire...
Une poire... ou deux,
Mais en forme de
Bonbonne,
Au ventre replet
Rempli du bon lait
D' l'automne...
Strophe 4
Jadis, aux enfers,
Certes, il a souffert,
Tantale,
Quand l'eau refusa
D'arroser ses a-
-mygdales...
Être assoiffé d'eau,
C'est triste, mais faut
Bien dire
Que l'être de vin,
C'est encore vingt
Fois pire...
Strophe 5
Hélas ! il ne pleut
Jamais du gros bleu
Qui tache...
Qu'ell's donnent du vin,
J'irai traire enfin
Les vaches...
Que vienne le temps
Du vin coulant dans
La Seine !
Les gens, par milliers,
Courront y noyer
Leur peine...
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