L'enterrement de Paul Fort

Analyse littéraire
« Le plus beau jour de ma vie » revient comme un refrain à propos d'un enterrement : c'est sur ce décalage assumé que repose toute la chanson. Brassens ne cherche pas à choquer — il célèbre sincèrement Paul Fort, et c'est précisément ce que confirme le retour des oiseaux dehors et des plantes, qui ne sont pas en deuil mais bien vivants, accordés à la fête. La cible véritable est ailleurs : le curé qui « tirait l'âme à son profit » et brandissait un hypothétique « passeport » pour le paradis, comme si un poète avait besoin d'intermédiaire ou Dieu d'un « renfort » pour reconnaître les siens — le mot est là, et il dit tout. Quant aux « pécores », aux « dindes », aux « moches » et aux « mauvais esprits », Brassens les balaie d'un « qu'importe » sans appel : ils font partie du décor, pas du deuil. Ce qui reste, c'est l'image du « petit cheval » qui n'est pas mort « comme un chien » — une façon tendre et directe de dire que Paul Fort a eu la mort qu'il méritait, belle et libre.
Strophe 1
Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Le petit cheval n'est pas mort
Dans le mauvais temps, Dieu merci.
Le bon soleil criait si fort :
"Il fait beau", qu'on était ravis.
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie.
Strophe 2
On comptait bien quelques pécores,
Quelques dindes à Montlhéry,
Quelques méchants, que sais-je encore :
Des moches, des mauvais esprits,
Mais qu'importe ? Après tout, les morts
Sont à tout le monde, tant pis.
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie.
Strophe 3
Le curé allait un peu fort
De requiem à mon avis.
Longuement penché sur le corps,
Il tirait l'âme à son profit,
Comme s'il fallait un passeport
Aux poèt's pour le paradis,
S'il fallait à Dieu du renfort
Pour reconnaître ses amis.
Strophe 4
Tous derrière en gardes du corps
Et lui devant, on a suivi.
Le petit cheval n'est pas mort
Comme un chien, je le certifie.
Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie.
Georges Brassens
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