L'Enterrement de Verlaine

Paul Fort
Analyse littéraire
L’ironie mordante, structurée autour d’un refrain récurrent « N’importe ! je suivrai toujours », constitue le fil conducteur de ce texte où la solennité d’un enterrement se dissout en une farce d’anachronismes et de jeux de mots, révélant la vacuité du culte littéraire qui érige Verlaine en « rossignol de la France » tout en le réduisant à un simple « mort suivi de miniatures » ; la juxtaposition d’images baroques – le « Boul’ Mich’ d’autrefois », les « grognards‑petits » glissant sur le verglas, les gardes du corps aux noms burlesques Montesquiou‑Fezensac et Bibi‑la‑purée – crée une antithèse entre le sacré et le profane, amplifiée par une litote qui minimise la grandeur du poète au profit d’une désespérance presque théâtrale, tandis que la progression du texte, du questionnement initial sur la voie divine à la répétition du serment d’attachement, trace une spirale où chaque couplet renforce le désenchantement face à la glorification posthume ; les références intertextuelles à la poésie symboliste, à la mythologie du « premier rossignol » et aux figures aristocratiques (François de Montcorbier, Lélian) soulignent la tension entre authenticité artistique et constructions sociales de la mémoire, dénonçant le conformisme qui sacralise le passé au détriment du présent ; ainsi Brassens, par ce collage d’ironie, d’antithèse et de satire, expose la futilité des rites commémoratifs qui, loin d’immortaliser le génie, ne font que perpétuer une illusion, rappelant que la véritable leçon universelle réside dans la reconnaissance de l’éphémère et la nécessité d’aimer l’art pour ce qu’il est, non pour le mythe qu’on en fait.
Strophe 1
Le revois-tu mon âme, ce Boul' Mich' d'autrefois
Et dont le plus beau jour fut un jour de beau froid :
Dieu ! S'ouvrit-il jamais une voie aussi pure
Au convoi d'un grand mort suivi de miniatures ?
Strophe 2
Tous les grognards - petits - de Verlaine étaient là,
Toussotant, frissonnant, glissant sur le verglas,
Mais qui suivaient ce mort et la désespérance,
Morte enfin, du premier rossignol de la France.
Strophe 3
Ou plutôt du second, François de Montcorbier,
Voici belle lurette en fut le vrai premier,
N'importe ! Lélian, je vous suivrai toujours !
Premier ? Second ? Vous seul. En ce plus froid des jours.
Strophe 4
N'importe ! je suivrai toujours, l'âme enivrée
Ah ! folle d'une espérance désespérée
Montesquiou-Fezensac et Bibi-la-purée
Vos deux gardes du corps, - entre tous moi dernier.
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