Les Amoureux des bancs publics

Les Amoureux des bancs publics
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Analyse littéraire
Brassens ouvre la chanson sur un désaccord : les bancs sont faits, non pour les « impotents ou les ventripotents », mais pour « accueillir quelque temps les amours débutants ». Ce cadrage initial pose d'emblée deux camps — ceux qui voient de travers et ceux qui s'embrassent sans se soucier d'eux —, et c'est dans l'espace entre les deux que la chanson opère. Le refrain, en martelant « bancs publics, bancs publics », transforme un mobilier anodin en territoire affectif revendiqué, tandis que les couplets décrivent avec tendresse des amoureux qui planifient leur avenir sur fond de « papier bleu d'azur » et de prénoms à choisir, sans aucune distance ironique. La troisième strophe ménage le coup le plus efficace : la « sainte famille Machin » décoche ses « propos venimeux », mais le narrateur révèle aussitôt que cette même famille — « le père, la mère, la fille, le fils, le Saint-Esprit » — aimerait bien se conduire comme eux. La mention du Saint-Esprit glissée dans cette liste domestique suffit à démonter la pose morale sans grand discours. La dernière strophe referme l'ensemble avec une mélancolie sobre : quand « les beaux rêves flambants » se seront apaisés, c'est sur ce banc, « au hasard des rues », que les amoureux reconnaîtront avoir vécu « le meilleur morceau de leur amour » — formulation prosaïque et juste qui dit tout sans forcer le trait.
Strophe 1
Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu'on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c'est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c'est notoir'
Pour accueillir quelque temps les amours débutants
Strophe 2
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' foutant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' disant des "je t'aim'" pathétiqu's
Ont des p'tit's gueul's bien sympatiqu's.
Strophe 3
Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d'azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher.
Ils se voient déjà douc'ment
Ell' cousant, lui fumant,
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé
Strophe 4
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' foutant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' disant des "je t'aim'" pathétiqu's
Ont des p'tit's gueul's bien sympatiqu's.
Strophe 5
Quand la saint' famill' Machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux
N'empêch' que tout' la famille
(Le pér', la mér', la fille,
Le fils, le Saint-Esprit...)
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s' conduir' comme eux.
Strophe 6
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' foutant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' disant des "je t'aim'" pathétiqu's
Ont des p'tit's gueul's bien sympatiqu's.
Strophe 7
Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus
Qu' c'est au hasard des rues
Sur un d' ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour.
Strophe 8
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' foutant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s' bécot'nt sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En s' disant des "je t'aim'" pathétiqu's
Ont des p'tit's gueul's bien sympatiqu's.
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