Les Casseuses

Analyse littéraire
Le ressort comique repose entièrement sur l'ambiguïté du pronom « les » dans le refrain : on ne sait jamais exactement ce que les femmes « cassent », « passent à tabac » ou « crucifient », et c'est précisément cette indétermination qui fait l'essentiel du gag. Chaque couplet présente le même schéma — douceur avant, griffes après — décliné sur quatre figures féminines différentes : la chatte, la femme, la voisine, la sœur, comme si Brassens cherchait à épuiser un type par accumulation plutôt qu'à décrire une relation particulière. Le « bâton merdeux » ou le « crucifie » ne sont pas des métaphores de domination mais des chutes comiques, des effets de rupture de registre qui font mouche par leur brutalité inattendue après la douceur affichée. La chute finale — « c'est pas qu'on soit lubriques, c'est qu'il y a guère que là qu'on est tranquilles » — retourne la situation avec malice : les hommes ne restent au lit que pour avoir la paix, ce qui achève de vider le tableau de toute prétention virile.
Strophe 1
Tant qu'elle a besoin du matou,
Ma chatte est tendre comme tout,
Quand elle est comblée, aussitôt
Ell' griffe, ell' mord, ell' fait l'gros dos.
Strophe 2
Quand vous ne nous les caressez
Pas, chéries, vous nous les cassez.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent.
Quand vous nous les dorlotez pas,
Vous nous les passez à tabac.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent un peu,
Qu'ell's se reposent.
Strophe 3
Enamourée, ma femme est douce,
Mes amis vous le diront tous.
Après l'étreinte, en moins de deux
Ell' r'devient un bâton merdeux.
Strophe 4
Quand vous ne nous les caressez
Pas, chéries, vous nous les cassez.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent.
Quand vous nous les dorlotez pas,
Vous nous les passez à tabac.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent un peu,
Qu'ell's se reposent.
Strophe 5
Dans l'alcôve, on est bien reçus
Par la voisine du dessus.
Un' fois son désir assouvi,
Ingrate, ell' nous les crucifie.
Strophe 6
Quand vous ne nous les caressez
Pas, chéries, vous nous les cassez.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent.
Quand vous nous les dorlotez pas,
Vous nous les passez à tabac.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent un peu,
Qu'ell's se reposent.
Strophe 7
Quand ell' passe en revue les zouaves
Ma sœur est câline et suave.
Dès que s'achève l'examen,
Gare à qui tombe sous sa main.
Strophe 8
Quand vous ne nous les caressez
Pas, chéries, vous nous les cassez.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent.
Quand vous nous les dorlotez pas,
Vous nous les passez à tabac.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent un peu,
Qu'ell's se reposent.
Strophe 9
Si tout le monde en ma maison
Reste au lit plus que de raison,
C'est pas qu'on soit lubriqu's, c'est qu'il
Y'a guère que là qu'on est tranquilles.
Strophe 10
Quand vous ne nous les caressez
Pas, chéries, vous nous les cassez.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent.
Quand vous nous les dorlotez pas,
Vous nous les passez à tabac.
Oubliez-les, si fair' se peut,
Qu'ell's se reposent un peu,
Qu'ell's se reposent.
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