Les Funérailles d'antan

Les Funérailles d'antan
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Analyse littéraire
Le refrain — « les petits corbillards… de nos grands-pères » — revient trois fois avec ses répétitions bégayantes et son rythme cahotant, mimant musicalement ces cortèges d'autrefois qu'il célèbre. Ce que Brassens regrette n'est pas la mort elle-même mais sa sociabilité perdue : jadis on invitait les copains, on payait un verre au fossoyeur, au curé, « aux chevaux même » — détail cocasse qui dit mieux que tout l'esprit de fête collective qui entourait le deuil. Face à cela, le présent n'offre que des corbillards « à tombeau grand ouvert » filant à cent quarante à l'heure vers un « cimetière minable », et des héritiers qui gardent leur mort « pour eux » comme une propriété privée. La chute de la dernière strophe pousse la logique jusqu'à l'absurde : plutôt que des obsèques sans fioritures, le narrateur préférerait « ne pas mourir du tout » — formule qui fait rire mais dit clairement que ce sont les rites qui donnent à la mort une forme acceptable. Le registre reste celui du burlesque tendre, et c'est précisément par ce ton-là, jamais pesant, que Brassens fait sentir ce qu'il y a de triste dans une modernité qui a rationalisé jusqu'au dernier cérémonial.
Strophe 1
Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain,
De bonne grâce ils en f'saient profiter les copains
"Y' a un mort à la maison, si le cœur vous en dit,
Venez l' pleurer avec nous sur le coup de midi ... "
Mais les vivants aujourd'hui n' sont plus si généreux,
Quand ils possèdent un mort ils le gardent pour eux.
C'est la raison pour laquelle, depuis quelques années,
Des tas d'enterrements vous passent sous le nez
Des tas d'enterrements vous passent sous le nez.
Strophe 2
Mais où sont les funéraill's d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pompes funèbres,
On ne les r'verra plus,
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.
Strophe 3
Maintenant, les corbillards à tombeau grand ouvert
Emportent les trépassés jusqu'au Diable Vauvert,
Les malheureux n'ont mêm' plus le plaisir enfantin
D' voir leurs héritiers marrons marcher dans le crottin.
L'autre semain' des salauds, à cent quarante à l'heur',
Vers un cimetière minable emportaient un des leurs...
Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis
On s'aperçut qu' le mort avait fait des petits
On s'aperçut qu' le mort avait fait des petits.
Strophe 4
Mais où sont les funéraill's d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pompes funèbres,
On ne les r'verra plus,
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.
Strophe 5
Plutôt qu' d'avoir des obsèqu's manquant de fioritures,
J'aim'rais mieux, tout compte fait, m' passer de sépulture,
J'aim'rais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où,
Et même, à la grand' rigueur, ne pas mourir du tout.
Ô, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil,
L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil,
Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu,
Les gens avaient à cœur d' mourir plus haut qu' leur cul
Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul.
Strophe 6
Mais où sont les funéraill's d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pompes funèbres,
On ne les r'verra plus,
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.
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