Les Lilas
Analyse littéraire
Le lilas traverse toute la chanson comme une obsession concrète : on l'achète, on y greffe un amour, on s'y accroche, on le retrouve mort. C'est ce mot seul qui tient l'ensemble, revenant à chaque strophe jusqu'à saturation, et c'est lui qui donne au retour du refrain final sa couleur particulière — non pas une boucle consolante, mais un constat sec : « l'amour n'est plus là ». La comparaison avec Attila, explicitement posée par Brassens lui-même, n'est pas une image décorative ; elle dit que le temps ne blesse pas, il détruit, et que là où il passe, « l'amour ne repousse pas » — le verbe est choisi, il appartient au vocabulaire végétal qui irrigue tout le texte. La « fauvette des dimanches » qui « se perche sur d'autres branches » reprend ce même réseau pour signifier la trahison avec une légèreté qui pique : la femme aimée quitte le narrateur comme un oiseau change d'arbre, sans drame, sans explication. Brassens ne se lamente pas, il observe, et c'est cette retenue qui rend la chanson triste.
Strophe 1
Quand je vais chez la fleuriste,
Je n'achèt' que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.
Strophe 2
Comm' j'étais, en quelque sorte
Amoureux de ces fleurs-là,
Je suis entré par la porte,
Par la porte des Lilas.
Strophe 3
Des lilas, y' en avait guère,
Des lilas, y' en avait pas,
Z'étaient tous morts à la guerre,
Passés de vie à trépas.
Strophe 4
J'suis tombé sur une belle
Qui fleurissait un peu là,
J'ai voulu greffer sur elle
Mon amour pour les lilas.
Strophe 5
J'ai marqué d'une croix blanche
Le jour où l'on s'envola,
Accrochés à une branche,
Une branche de lilas.
Strophe 6
Pauvre amour, tiens bon la barre,
Le temps va passer par là,
Et le temps est un barbare
Dans le genre d'Attila.
Strophe 7
Aux coeurs où son cheval passe,
L'amour ne repousse pas,
Aux quatre coins de l'espace
Il fait le désert sous ses pas.
Strophe 8
Alors, nos amours sont mortes,
Envolées dans l'au-delà,
Laissant la clé sous la porte,
Sous la porte des Lilas.
Strophe 9
La fauvette des dimanches,
Cell' qui me donnait le la,
S'est perché' sur d'autres branches,
D'autres branches de lilas.
Strophe 10
Quand je vais chez la fleuriste,
Je n'achèt' que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.