Les Prénoms effacés

Jean Tranchant
Analyse littéraire
La répétition de « Combien » en ouverture de chaque vers installe un rythme de comptabilité mélancolique : le poète ne raconte pas une histoire d'amour, il en dénombre l'usure. Le passage des « amoureux ivres de plaisir » aux « amants lassés » trace une courbe que le texte ne commente pas — il la laisse simplement s'accomplir, avec une discrétion qui vaut plus qu'un jugement. Les « serments » et les « fausses promesses » sont mis sur le même plan, comme si Brassens ne distinguait guère l'un de l'autre. Et c'est finalement le mot « effacés », placé en titre et en chute, qui donne à l'ensemble sa tonalité : non pas le drame de la rupture, mais la disparition tranquille, presque naturelle, de ce qui avait été gravé.
Strophe 1
Combien d'amoureux il a vu passer,
Combien de prénoms se sont enlacés!
Combien de serments, de fausses promesses
Se sont échangés sous son ombre épaisse!
Combien d'amoureux ivres de plaisir
Ont gravé gaiement tous leurs souvenirs!
Qui dira le sort des amants lassés
Dont les doux prénoms se sont effacés.
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