Analyse littéraire
Brassens reprend ici mot pour mot un célèbre échange entre Corneille et une actrice, et c'est précisément cette origine connue qui donne sa saveur à la chute. Les trois premiers quatrains, portés par un rythme régulier et une imagerie noble — les roses, les planètes, le front ridé —, installent le ton sentencieux d'un vieux poète qui rappelle à une jeune femme que le temps les égalera. Tout l'édifice repose sur cette symétrie : « On m'a vu ce que vous êtes ; vous serez ce que je suis. » Mais la réplique finale le fracasse en une ligne, avec le prénom « Corneille » lâché comme un recadrage et le « je t'emmerde en attendant » qui fait tomber le vouvoiement, la métrique et la dignité en même temps. Ce que Brassens réussit, c'est de laisser la Marquise avoir le dernier mot — et le meilleur.
Strophe 1
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Strophe 2
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Strophe 3
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes ;
Vous serez ce que je suis.
Strophe 4
Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant !