Misogynie à part
Analyse littéraire
Dès le titre, Brassens prend soin de se désolidariser du discours qu'il s'apprête à tenir : « Misogynie à part » fonctionne comme un avertissement ironique, qui signale que tout ce qui suit est à prendre avec distance. La triple gradation « emmerdantes, emmerdeuses, emmerderesses » installe d'emblée un classement absurde, présenté avec le sérieux d'une taxonomie savante, et c'est précisément ce sérieux de façade qui produit l'effet comique. Le refrain martelé « Ell' m'emmerde, vous dis-je » accumule la vulgarité avec une insistance qui finit par retourner le ridicule contre le narrateur lui-même, bien plus exaspéré qu'il n'est victime. Le comble est atteint au septième couplet, quand l'amante récite du Claudel pendant l'acte amoureux : Brassens ne condamne pas Claudel, il le dit même « homme de génie », mais l'idée qu'on puisse chercher un aphrodisiaque dans son œuvre le « fige » — et c'est la prétention culturelle de la femme, autant que la déconvenue du narrateur, qui se trouve ainsi tournée en dérision. La chanson joue donc moins sur la misogynie qu'elle ne s'en moque, en faisant du plaignant un personnage aussi cocasse que sa cible.
Strophe 1
Misogynie à part, le sage avait raison :
Il y a les emmerdantes, on en trouve à foison,
En foule elles se pressent,
Il y a les emmerdeuses, un peu plus raffinées,
Et puis, très nettement au-dessus du panier,
Y a les emmerderesses.
Strophe 2
La mienne, à elle seule, sur tout's surenchérit,
Ell' relève à la fois des trois catégories,
Véritable prodige,
Emmerdante, emmerdeuse, emmerderesse itou,
Elle passe, ell' dépasse, elle surpasse tout,
Ell' m'emmerde, vous dis-je.
Strophe 3
Mon dieu, pardonnez-moi ces propos bien amers,
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerde, ell' m'emmerde, ell' m'emmer-
De, elle abuse, elle attige.
Ell' m'emmerde et j' regrett' mes bell's amours avec
La p'tite Enfant d' Marie que m'a soufflée l'évêque,
Ell' m'emmerde, vous dis-je.
Strophe 4
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerde, et m'oblige à me cu-
Rer les ongles avant de confirmer son cul,
Or, c'est pas Callipyge.
Et la charité seul' pouss' ma main résignée
Vers ce cul rabat-joie, conique, renfrogné,
Ell' m'emmerde, vous dis-je.
Strophe 5
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerde, je le répète et quand
Ell' me tape sur le ventre, elle garde ses gants,
Et ça me désoblige.
Outre que ça dénote un grand manque de tact,
Ça n' favorise pas tellement le contact,
Ell' m'emmerde, vous dis-je.
Strophe 6
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerd' , quand je tombe à genoux
Pour certain's dévotions qui sont bien de chez nous
Et qui donn'nt le vertige,
Croyant l'heure venue de chanter le Credo,
Elle m'ouvre tout grand son missel sur le dos,
Ell' m'emmerde, vous dis-je.
Strophe 7
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerde, à la fornication
Ell' s'emmerde, ell' s'emmerde avec ostentation,
Ell' s'emmerde, vous dis-je.
Au lieu de s'écrier : "Encore ! hardi ! hardi !"
Ell' déclam' du Claudel ! du Claudel, j'ai bien dit,
Alors ça, ça me fige.
Strophe 8
Ell' m'emmerde, ell' m'emmerd', j'admets que ce Claudel
Soit un homm' de génie, un poète immortel,
J' reconnais son prestige,
Mais qu'on aille chercher dedans son œuvre pie,
Un aphrodisiaque, non, ça, c'est d' l'utopie !
Ell' m'emmerde, vous dis-je.