Oncle Archibald
Analyse littéraire
Le refrain d'ouverture — « Ô vous, les arracheurs de dents, tous les cafards, les charlatans » — plante d'emblée le décor : Archibald est un homme qui en a assez de payer pour les autres, et sa mort ne changera rien à cette posture. Ce qui est remarquable, c'est la façon dont Brassens traite la Mort elle-même : une femme de « petite vertu » qui arpente le trottoir du cimetière en troussant son suaire, créature séductrice et vaguement ridicule, que l'oncle rabroue avec le même aplomb qu'il opposerait à n'importe quelle importune. Le discours de la Mort au bonhomme récalcitrant — « hors de portée des chiens, des loups, des homm's et des imbéciles », plus jamais contraint de « courber la tête » — fait de la mort non pas une menace mais une promesse d'affranchissement, formulée dans la langue simple et concrète des gens qui ont trop longtemps subi. Archibald finit par emboîter le pas « de la bell' », non par résignation, mais parce qu'elle lui offre ce que les vivants lui ont toujours refusé : la paix. Le refrain revient alors en clausule avec une ironie tranquille : ceux qui l'exploitaient de son vivant ne pourront plus compter sur lui, et c'est là, sans grandiloquence, toute la satisfaction que Brassens consent à accorder à son personnage.
Strophe 1
Ô vous, les arracheurs de dents,
Tous les cafards, les charlatans,
Les prophètes,
Comptez plus sur Oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
À vos fêtes... (bis)
Strophe 2
En courant sus à un voleur
Qui venait de lui chiper l'heure
À sa montre,
Oncle Archibald, - coquin de sort !
Fit, de Sa Majesté La Mort,
La rencontre... (bis)
Strophe 3
Telle un' femm' de petit' vertu,
Elle arpentait le trottoir du
Cimetière,
Aguichant les homm's en troussant
Un peu plus haut qu'il n'est décent
Son suaire... (bis)
Strophe 4
Oncle Archibald, d'un ton gouailleur,
Lui dit : "va-t'en fair' pendre ailleurs
Ton squelette...
Fi des femelles décharnées !
Vive les bell's un tantinet
Rondelettes !" (bis)
Strophe 5
Lors, montant sur ses grands chevaux,
La mort brandit la longue faux
D'agronome
Qu'elle serrait dans son linceul,
Et faucha d'un seul coup, d'un seul,
Le bonhomme... (bis)
Strophe 6
Comme il n'avait pas l'air content,
Elle lui dit : "Ça fait longtemps
Que je t'aime...
Et notre hymen à tous les deux
Était prévu depuis l' jour de
Ton baptême... (bis)
Strophe 7
Si tu te couches dans mes bras,
Alors la vie te semblera
Plus facile...
Tu y seras hors de portée
Des chiens, des loups, des homm's et des
Imbéciles... (bis)
Strophe 8
Nul n'y contestera tes droits,
Tu pourras crier : viv' le roi !
Sans intrigue...
Si l'envie te prend de changer,
Tu pourras crier sans danger
Viv' la Ligue ! (bis)
Strophe 9
Ton temps de dupe est révolu,
Personne ne se payera plus
Sur ta bête...
Les "Plaît-il, maître?" auront plus cours,
Plus jamais tu n'auras à cour-
-ber la tête..." (bis)
Strophe 10
Et mon oncle emboîta le pas
De la bell', qui ne semblait pas,
Si féroce...
Et les voilà, bras d'ssus, bras d'ssous,
Les voilà partis je n' sais où
Fair' leurs noces... (bis)
Strophe 11
Ô vous, les arracheurs de dents,
Tous les cafards, les charlatans,
Les prophètes,
Comptez plus sur Oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
À vos fêtes... (bis)