Pauvre Martin

Pauvre Martin
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Analyse littéraire
Le refrain « Creuse la terre, creuse le temps » fait pivoter toute la chanson sur un seul geste : celui de la bêche, qui vaut autant pour le labour que pour la tombe. Brassens construit Martin par accumulations patientes — la bêche à l'épaule, le chant à la lèvre, le courage à l'âme — avant de retourner ces mêmes images contre elles-mêmes quand Martin creuse sa propre fosse « en faisant vite, en se cachant ». C'est dans cet écart discret que réside la force du texte : Martin ne se plaint pas, ne jalouse pas, ne dérange pas — et cette discrétion, poussée jusqu'à mourir sans bruit, n'a rien d'héroïque, elle touche plutôt à quelque chose d'absurde et de doux à la fois. La variation finale du refrain — « Dors sous la terre, dors sous le temps » — est la seule rupture du poème, et Brassens la ménage avec soin : c'est le moment où la chanson cesse d'observer Martin pour lui adresser la parole, comme une épitaphe murmurée à quelqu'un qui, de toute façon, n'aurait pas voulu qu'on fasse des histoires.
Strophe 1
Avec une bêche à l'épaule,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à l'âme un grand courage,
Il s'en allait trimer aux champs
Strophe 2
Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps
Strophe 3
Pour gagner le pain de sa vie,
De l'aurore jusqu'au couchant,
De l'aurore jusqu'au couchant,
Il s'en allait bêcher la terre
En tous les lieux, par tous les temps
Strophe 4
Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps
Strophe 5
Sans laisser voir sur son visage
Ni l'air jaloux ni l'air méchant,
Ni l'air jaloux ni l'air méchant,
Il retournait le champ des autres,
Toujours bêchant, toujours bêchant
Strophe 6
Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps
Strophe 7
Et quand la mort lui a fait signe
De labourer son dernier champ,
De labourer son dernier champ,
Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant
Strophe 8
Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps
Strophe 9
Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant,
En faisant vite, en se cachant,
Et s'y étendit sans rien dire
Pour ne pas déranger les gens
Strophe 10
Pauvre Martin, pauvre misère,
Dors sous la terre, dors sous le temps !
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