Pénélope

Pénélope
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Analyse littéraire
Brassens s'adresse directement à Pénélope sur le mode de la confidence complice, accumulant les questions rhétoriques pour suggérer ce qu'il feint de ne pas affirmer : que derrière la « rob' de mariée » sans accrocs et les « travaux de toile », couvent de « jolies pensées interlopes ». Le portrait de départ — « épouse modèle, grillon du foyer » — est tracé avec une douceur légèrement moqueuse qui prépare la suite : non pas une accusation, mais une invitation à admettre l'évidence. L'« Ulyss' de banlieue » dit beaucoup en peu de mots : le mari absent a perdu toute dimension héroïque, et c'est précisément ce vide qui laisse la place aux rêveries. La progression des strophes suit une gradation mesurée, de la pensée fugace à la « marguerite au jardin potager » et aux « dentelles » bousculées, jusqu'au « démon à l'arc » qui renverse les statues de vertu — image explicite dans le texte, pas métaphore surajoutée. La conclusion dissout toute culpabilité avec une bienveillance amusée : « il n'y a vraiment pas là de quoi fouetter un cœur », et ce « péché véniel » devient simplement « la rançon de Pénélope » — le prix ordinaire, humain et sans drame, de la fidélité.
Strophe 1
Toi, l'épouse modèle, le grillon du foyer,
Toi, qui n'as point d'accrocs dans ta rob' de mariée,
Toi, l'intraitable Pénélope,
En suivant ton petit bonhomme de bonheur,
Ne berces-tu jamais en tout bien tout honneur
De jolies pensées interlopes?
De jolies pensées interlopes...
Strophe 2
Derrière tes rideaux, dans ton juste milieu,
En attendant l'retour d'un Ulyss' de banlieue,
Penchée sur tes travaux de toile,
Les soirs de vague à l'âme et de mélancolie
N'as tu jamais en rêve au ciel d'un autre lit
Compté de nouvelles étoiles?
Compté de nouvelles étoiles...
Strophe 3
N'as-tu jamais encore appelé de tes vœux
L'amourette qui passe, qui vous prend aux cheveux ?
Qui vous conte des bagatelles,
Qui met la marguerite au jardin potager,
La pomme défendue aux branches du verger,
Et le désordre à vos dentelles?
Et le désordre à vos dentelles...
Strophe 4
N'as-tu jamais souhaité de revoir en chemin
Cet ange, ce démon, qui, son arc à la main,
Décoche des flèches malignes,
Qui rend leur chair de femme aux plus froides statues,
Les bascul' de leur socle, bouscule leur vertu,
Arrache leur feuille de vigne?
Arrache leur feuille de vigne...
Strophe 5
N'aie crainte que le Ciel ne t'en tienne rigueur,
Il n'y a vraiment pas là de quoi fouetter un cœur
Qui bat la campagne et galope!
C'est la faute commune et le péché véniel,
C'est la face cachée de la lune de miel
Et la rançon de Pénélope,
Et la rançon de Pénélope.
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