Analyse littéraire
Le mot « Philistins » placé en tête de chanson dit l'essentiel : Brassens s'adresse frontalement à ceux qu'il méprise, épiciers et bourgeois rangés, en convoquant un terme qui les désigne comme ennemis de la culture. Le portrait qu'il en trace est ramassé et féroce — « menton rasé, ventre rond, notaires » —, trois images qui suffisent à réduire une existence à sa médiocrité programmatique. Ce que la chanson fait ensuite est simple et dévastateur : elle retourne contre ces hommes leur propre logique de reproduction, en montrant que leurs « grossiers appétits » engendrent parfois des enfants qui leur échappent. La chute sur les « chevelus poètes », construite en miroir exact du « notaires » rêvé, transforme la punition en revanche, et le hasard biologique en déroute symbolique du père bourgeois. L'humour de Brassens tient tout entier dans ce renversement sec, sans commentaire, qui laisse le philistin face à son propre échec.
Strophe 1
Philistins, épiciers,
Tandis que vous caressiez,
Vos femmes,
Strophe 2
En songeant, aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent,
Strophe 3
Vous pensiez: "Ils seront,
Menton rasé, ventre rond
Notaires."
Strophe 4
Mais pour bien vous punir,
Un jour vous voyez venir
Sur terre
Strophe 5
Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes.