Puisque vous partez en voyage

Jean Nohain / Mireille
Analyse littéraire
Le ton de la chanson est donné dès le premier vers : « Puisque vous partez en voyage » sonne moins comme une plainte que comme une prise en charge méthodique d'un départ, et c'est cette distance légèrement appliquée qui donne son charme au texte. Le narrateur s'active — il pose les bagages « marche avant, côté du couloir », prépare son « grand mouchoir » — avec un soin presque comique qui dit mieux que n'importe quelle effusion ce qu'il ressent vraiment. Le mot « cage » au dernier couplet est le seul moment où la tendresse se laisse surprendre sans défense : le foyer y devient à la fois abri et enfermement consenti, sans que Brassens ait besoin d'en faire une démonstration. Tout le texte fonctionne ainsi, sur cet équilibre entre le geste retenu et l'émotion qu'il contient à peine.
Strophe 1
Puisque vous partez en voyage
Puisque nous nous quittons ce soir
Mon cœur fait son apprentissage
Je veux sourire avec courage
Voyez j'ai posé vos bagages,
Marche avant, côté du couloir
Et pour les grands signaux d'usage
J'ai préparé mon grand mouchoir
Dans un instant le train démarre
Je resterai seul sur le quai
Et je vous verrai de la gare
Me dire adieu là-bas avec votre bouquet
Promettez-moi d'être bien sage
De penser à moi tous les jours
Et revenez dans notre cage
Où je guette votre retour.
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