Quand les cons sont braves

Interprété par Jean Bertola
Analyse littéraire
Brassens part d'une distinction simple mais redoutable : il y a les cons braves, inoffensifs, et les cons méchants, qui « s'agitent », « s'excitent » et « emmerdent tout le monde ». Ce qui fait la différence, ce n'est pas la bêtise elle-même, c'est le pouvoir qu'on lui donne : le sieur X « débloque » en chef de parti, le général Z « s'en mêle » et « on compte les morts ». Le coup de force du texte tient à l'inclusion du narrateur parmi les premiers — « comme moi, comme toi, comme nous » — ce qui désarme toute posture moralisatrice et rend le propos d'autant plus efficace. La dernière strophe va un cran plus loin : c'est Dieu lui-même qui est interpellé pour avoir « mélangé les genres », c'est-à-dire placé des crétins dans des positions d'autorité — la « pétaudière » n'est pas une métaphore savante, c'est le mot exact pour un monde où règne une confusion organisée par le haut. Brassens ne tire pas de leçon, il pose un constat goguenard : la bêtise ne serait qu'un détail pittoresque si on ne lui confiait pas de grade.
Strophe 1
Sans être tout à fait un imbécile fini,
Je n'ai rien du penseur, du phénix, du génie.
Mais je n' suis pas le mauvais bougre et j'ai bon cœur,
Et ça compense à la rigueur.
Strophe 2
Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n'est pas très grave.
Qu'ils commett'nt,
Se permett'nt
Des bêtises,
Des sottises,
Qu'ils déraisonnent,
Ils n'emmerdent personne.
Par malheur sur terre
Les trois quarts
Des tocards
Sont des gens
Très méchants,
Des crétins sectaires.
Ils s'agit'nt,
Ils s'excit'nt,
Ils s'emploient,
Ils déploient
Leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout l' monde.
Strophe 3
Si le sieur X était un lampiste ordinaire,
Il vivrait sans histoir's avec ses congénères.
Mais hélas ! il est chef de parti, l'animal :
Quand il débloque, ça fait mal !
Strophe 4
Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n'est pas très grave.
Qu'ils commett'nt,
Se permett'nt
Des bêtises,
Des sottises,
Qu'ils déraisonnent,
Ils n'emmerdent personne.
Par malheur sur terre
Les trois quarts
Des tocards
Sont des gens
Très méchants,
Des crétins sectaires.
Ils s'agit'nt,
Ils s'excit'nt,
Ils s'emploient,
Ils déploient
Leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout l' monde.
Strophe 5
Si le sieur Z était un jobastre sans grade,
Il laisserait en paix ses pauvres camarades.
Mais il est général, va-t-en-guerr', matamore.
Dès qu'il s'en mêle, on compt' les morts.
Strophe 6
Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n'est pas très grave.
Qu'ils commett'nt,
Se permett'nt
Des bêtises,
Des sottises,
Qu'ils déraisonnent,
Ils n'emmerdent personne.
Par malheur sur terre
Les trois quarts
Des tocards
Sont des gens
Très méchants,
Des crétins sectaires.
Ils s'agit'nt,
Ils s'excit'nt,
Ils s'emploient,
Ils déploient
Leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout l' monde.
Strophe 7
Mon Dieu, pardonnez-moi si mon propos vous fâche ;
En mettant les connards dedans des peaux de vaches,
En mélangeant les genres, vous avez fait d' la terre
Ce qu'elle est : une pétaudière !
Strophe 8
Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n'est pas très grave.
Qu'ils commett'nt,
Se permett'nt
Des bêtises,
Des sottises,
Qu'ils déraisonnent,
Ils n'emmerdent personne.
Par malheur sur terre
Les trois quarts
Des tocards
Sont des gens
Très méchants,
Des crétins sectaires.
Ils s'agit'nt,
Ils s'excit'nt,
Ils s'emploient,
Ils déploient
Leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout l' monde.
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