Analyse littéraire
Le refrain martelé — « aller s'faire enculer » — fonctionne moins comme une provocation gratuite que comme une soupape : à chaque couplet, la pression monte face aux « ligues féministes », aux « suffragettes », aux « tyrannettes », et le refrain décharge cette exaspération avec une régularité comique qui dit mieux que tout discours à quel point le narrateur se sent acculé. Brassens joue sur l'inconfort du mot lui-même, qu'il prend soin de nommer dès le départ comme un terme qui le « dégoûte », ce qui retourne aussitôt la provocation : c'est lui, le chanteur, qui souffre de le prononcer, pas le public qui l'entend. La chute est le vrai coup de force : « j'avoue publiquement que vous êtes nos égales » et « je suis enculé mais régulier » transforment l'insulte en acte de capitulation volontaire et ironique devant une évidence juridique, sans que la chanson ait l'air un seul instant de faire la leçon. Le dernier couplet, qui demande pourquoi on refuserait aux femmes « les droits que l'on accorde aux hommes, comme d'aller s'faire enculer », boucle le tout avec une logique absurde et imparable qui est la signature même de Brassens : faire avaler une vérité simple dans un emballage scandaleux.
Strophe 1
La lune s'attristait. On comprend sa tristesse
On tapait plus dedans. Ell' s' demandait : "Quand est-ce
Qu'on va s' rappeler de m'enculer ?"
Strophe 2
Dans mon affreux jargon, carence inexplicable,
Brillait par son absence un des pires vocables
C'est : "Enculé". Lacun' comblée.
Strophe 3
Lâcher ce terme bas, Dieu sait ce qu'il m'en coûte,
La chos' ne me gên' pas mais le mot me dégoûte,
J' suis désolé d' dire "enculé".
Strophe 4
Oui mais depuis qu'Adam se fit charmer par Ève,
L'éternel féminin nous emmerde et je rêve
Parfois d'aller m' faire enculer.
Strophe 5
Sous les coups de boutoir des ligues féministes,
La moitié des messieurs brûle d'être onaniste,
L'autre d'aller s'faire enculer.
Strophe 6
À force d'être en butte au tir des suffragettes,
En son for intérieur chacun de nous projette
D'hélas aller s' faire enculer.
Strophe 7
Quand on veut les trousser, on est un phallocrate,
Quand on ne le veut point, un émul' de Socrate,
Reste d'aller s' faire enculer.
Strophe 8
Qu'espèr'nt en coassant ces légions de grenouilles ?
Que le royaum' de France enfin tombe en quenouille,
Qu'on coure aller s' faire enculer ?
Strophe 9
Y a beaux jours que c'est fait : devant ces tyrannettes,
On dans' comm' des pantins, comm' des marionnettes
Au lieu d'aller s' faire enculer.
Strophe 10
Pompadour, Montespan, La Vallière, et j'en passe,
Talonnèrent le roi qui marchait, tête basse,
Souhaitant aller s' faire enculer.
Strophe 11
À de rar's exceptions, nom d'un chien, ce sont elles
Qui toujours min' de rien déclench'nt la bagatelle ;
Il faut aller s' faire enculer.
Strophe 12
Oui la plupart du temps sans aucune équivoque
En tortillant du cul ces dames nous provoquent,
Mieux vaut aller s' faire enculer.
Strophe 13
Fatigué de souffrir leur long réquisitoire,
Ayant en vain cherché d'autres échappatoires,
Je vais aller m' faire enculer.
Strophe 14
D'à partir de ce soir, cessant d' croquer la pomme,
J'embarque pour Cythère en passant par Sodome,
Afin d'aller m' faire enculer.
Strophe 15
Afin qu'aucun' de vous, mesdames, n'imagine
Que j'ai du parti pris, que je suis misogyne,
Avant d'aller m' faire enculer,
Strophe 16
J'avoue publiquement que vous êt's nos égales,
Qu'il faut valider ça dans un' formul' légale :
J' suis enculé mais régulier.
Strophe 17
En vertu d' quel pouvoir, injustes que nous sommes,
Vous refus'-t-on les droits que l'on accorde aux hommes,
Comme d'aller s' faire enculer ?